{"id":1481,"date":"2018-12-08T20:18:47","date_gmt":"2018-12-08T18:18:47","guid":{"rendered":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/?p=1481"},"modified":"2018-12-11T01:10:52","modified_gmt":"2018-12-10T23:10:52","slug":"la-biographie-de-louis-pouzin-et-laventure-cyclades","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/2018\/12\/08\/la-biographie-de-louis-pouzin-et-laventure-cyclades\/","title":{"rendered":"la biographie de Louis Pouzin et l&#8217;aventure Cyclades"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"twitter-share\"><a href=\"https:\/\/twitter.com\/intent\/tweet?via=pbeyssac\" class=\"twitter-share-button\">Tweet<\/a><\/div>\n<p>On ne pr\u00e9sente plus Louis Pouzin : il a \u00e9t\u00e9, notamment, l&#8217;un des pionniers fran\u00e7ais des r\u00e9seaux informatiques, d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et 1970, avec le r\u00e9seau <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cyclades_(r%C3%A9seau)\">Cyclades<\/a>.<\/p>\n<p>Sa biographie vient d&#8217;\u00eatre publi\u00e9e aux \u00e9ditions Economica, dans la &#8220;Collection Cyberstrat\u00e9gie&#8221;, par Chantal Lebrument et Fabien Soyez, avec une pr\u00e9face du blogueur clermontois <a href=\"https:\/\/korben.info\/\">Korben<\/a>.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/41wv1RHndzL._SX321_BO1204203200_.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"aligncenter size-medium wp-image-1484\" src=\"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/41wv1RHndzL._SX321_BO1204203200_-194x300.jpg\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/41wv1RHndzL._SX321_BO1204203200_-194x300.jpg 194w, https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-content\/uploads\/2018\/12\/41wv1RHndzL._SX321_BO1204203200_.jpg 323w\" sizes=\"(max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Cette biographie couvre principalement la carri\u00e8re professionnelle de Louis, mais \u00e9voque \u00e9galement sa jeunesse et ses \u00e9tudes.<\/p>\n<p>Le livre nous place ainsi au c\u0153ur du combat entre les r\u00e9seaux informatiques et les r\u00e9seaux t\u00e9l\u00e9coms des ann\u00e9es 70-90, finalement remport\u00e9 par les premiers. C&#8217;est de ce pass\u00e9 que provient l&#8217;insistance maniaque de certains informaticiens l&#8217;ayant v\u00e9cu \u00e0 parler de r\u00e9seau <em>informatique<\/em> plut\u00f4t que de r\u00e9seau <em>de t\u00e9l\u00e9communications<\/em>.<\/p>\n<p>Le lecteur est plong\u00e9 dans les affres de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Simca\">SIMCA<\/a>, de la soci\u00e9t\u00e9 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bull_(entreprise)\">Bull<\/a>, du Plan Calcul, de l&#8217;IRIA (aujourd&#8217;hui <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Institut_national_de_recherche_en_informatique_et_en_automatique\">INRIA<\/a>), du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Centre_national_d%27%C3%A9tudes_des_t%C3%A9l%C3%A9communications\">CNET<\/a>, et d&#8217;un certain nombre d&#8217;entit\u00e9s moins connues. La soci\u00e9t\u00e9 Bull, notamment, a longtemps d\u00e9fray\u00e9 la chronique en France avec ses tentatives pas toujours couronn\u00e9es de succ\u00e8s (euph\u00e9misme) pour populariser sa gamme de machines face \u00e0 ses gros concurrents \u00e9tats-uniens.<\/p>\n<p>\u00c0 travers les citations des anciens de Cyclades, le livre \u00e9voque aussi une partie des carri\u00e8res de ces derniers. Ainsi, deux d&#8217;entre eux, Michel Gien et Hubert Zimmermann, ont travaill\u00e9 chez <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/ChorusOS#Chorus_Syst.C3.A8mes\">Chorus Syst\u00e8mes<\/a>, bien connue dans les ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>On d\u00e9couvre \u00e9galement de l&#8217;int\u00e9rieur l&#8217;ambivalence, encore actuelle, d&#8217;un \u00e9tat fran\u00e7ais se voulant strat\u00e8ge, pr\u00eat \u00e0 financer des projets de pointe, mais esclave d&#8217;alternances politiques et de raisonnements administrativo-politiques qui ne favorisent pas les meilleurs r\u00e9sultats \u00e0 long terme, voire produisent des g\u00e2chis purs et simples.<\/p>\n<h4>L&#8217;\u00e9poque MIT<\/h4>\n<p>Apr\u00e8s un d\u00e9but de carri\u00e8re en France, Louis Pouzin a pass\u00e9 une ann\u00e9e au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Massachusetts_Institute_of_Technology\">MIT<\/a>, travaillant sur un syst\u00e8me d&#8217;exploitation bien connu de l&#8217;\u00e9poque : <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Multics\">Multics<\/a>.<\/p>\n<p>Multics fut un des premiers syst\u00e8mes \u00e0 &#8220;temps partag\u00e9&#8221; (<em>timesharing<\/em>) : plusieurs utilisateurs peuvent utiliser simultan\u00e9ment l&#8217;ordinateur, et travailler comme s&#8217;ils avaient l&#8217;ordinateur \u00e0 eux seuls. Le temps partag\u00e9 permet un meilleur partage des ressources informatiques, et un travail plus facile. Cela semble tr\u00e8s banal aujourd&#8217;hui, mais auparavant, les travaux informatiques \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9s par lot : chacun mettait sa t\u00e2che dans une file d&#8217;attente (souvent, un bac de cartes perfor\u00e9es). Les travaux \u00e9taient trait\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, un par un. Il fallait donc attendre son tour pour voir son travail trait\u00e9, puis attendre le r\u00e9sultat de celui-ci, le tout pouvant prendre des heures ou des jours. On n&#8217;imagine pas le d\u00e9veloppement <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9thode_agile\">agile<\/a> dans ces conditions&#8230;<\/p>\n<p>L\u00e0, Louis invente le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Shell_(computing)\">shell<\/a> : l&#8217;interpr\u00e9teur de commandes, un \u00e9l\u00e9ment encore aujourd&#8217;hui central dans tous les syst\u00e8mes.<\/p>\n<p>Le livre \u00e9voque cette p\u00e9riode, ainsi que, au retour en France, l&#8217;\u00e9vang\u00e9lisation \u00e0 travers l&#8217;Europe, pour Bull, des clients de la soci\u00e9t\u00e9 au <em>timesharing<\/em>.<\/p>\n<h4>Les pr\u00e9misses de Cyclades : les communications informatiques des ann\u00e9es 1970<\/h4>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970, chaque constructeur informatique avait sa propre gamme, de l&#8217;unit\u00e9 centrale aux p\u00e9riph\u00e9riques, quasi totalement incompatible avec celle de la concurrence. M\u00eame les formats de donn\u00e9es texte n&#8217;\u00e9taient pas unifi\u00e9s, l&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/American_Standard_Code_for_Information_Interchange\">ASCII<\/a> se battant avec l&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Extended_Binary_Coded_Decimal_Interchange_Code\">EBCDIC<\/a>.<\/p>\n<p>Pour faire communiquer deux ordinateurs sur une longue distance, on utilisait des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Modem\">modems<\/a> et une ligne t\u00e9l\u00e9phonique classique, avec un ordinateur \u00e0 chaque extr\u00e9mit\u00e9, comme pour deux correspondants humains. Ce fonctionnement \u00e9tait d\u00e9fendable pour une utilisation humaine, mais d&#8217;une inefficacit\u00e9 catastrophique pour relier des machines.<\/p>\n<p>Tout \u00e9tait donc \u00e0 cr\u00e9er : l&#8217;architecture des r\u00e9seaux, mais aussi les protocoles d&#8217;\u00e9change ind\u00e9pendants des architectures de machines.<\/p>\n<h4>Cyclades, Arpanet et RCP<\/h4>\n<p>Une s\u00e9rie de recherches et d&#8217;exp\u00e9rimentations ont donc lieu d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1960, essentiellement dans les pays occidentaux, pour r\u00e9aliser les premiers r\u00e9seaux informatiques. Ces programmes de recherche ont donn\u00e9 naissance, notamment, \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/ARPANET\">Arpanet<\/a>, le pr\u00e9d\u00e9cesseur \u00e9tats-unien d&#8217;Internet, mais aussi, c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cyclades_(r%C3%A9seau)\">Cyclades<\/a>. Il s&#8217;agit, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque, d&#8217;interconnecter les rares et gros ordinateurs entre eux, et d&#8217;en donner acc\u00e8s \u00e0 distance aux utilisateurs, pour mutualiser les ressources.<\/p>\n<p>Cette p\u00e9riode de Cyclades est la plus passionnante et repr\u00e9sente presque la moiti\u00e9 du livre.<\/p>\n<p>Le livre couvre en d\u00e9tail la gen\u00e8se du projet, au sein du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Plan_Calcul\">Plan Calcul<\/a>, la constitution de l&#8217;\u00e9quipe &#8212; une belle bande de geeks ne comptant pas leurs heures et leurs voyages d&#8217;\u00e9vang\u00e9lisation, reli\u00e9s par la passion &#8211;, les \u00e9changes internationaux nombreux, notamment avec les \u00e9tats-unis, les conf\u00e9rences, les al\u00e9as politiques, la reconnaissance des id\u00e9es et des r\u00e9ussites propres \u00e0 Cyclades, mais aussi la concurrence avec RCP, le projet mont\u00e9 par le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Centre_national_d%27%C3%A9tudes_des_t%C3%A9l%C3%A9communications\">CNET<\/a>.<\/p>\n<p>Cette partie s&#8217;appuie largement sur les travaux de Val\u00e9rie Schafer et Pierre Mounier-Kuhn sur les d\u00e9buts de Cyclades et de l&#8217;lnternet, qui nous d\u00e9taillent le processus d&#8217;apparition des concepts, attributions et partages, de publication de papiers en reprise par d&#8217;autres \u00e9quipes.<\/p>\n<p>Les divergences principales entre Cyclades et RCP tournent autour de la notion de &#8220;paquet&#8221;. Dans Cyclades il est transmis tel quel (on finira par l&#8217;appeler &#8220;datagramme&#8221;) ; dans les r\u00e9seaux d&#8217;inspiration t\u00e9l\u00e9com, on pr\u00e9f\u00e8re l&#8217;enrober dans un &#8220;circuit virtuel&#8221;, imitant le fonctionnement du r\u00e9seau t\u00e9l\u00e9phonique (on retrouve la m\u00eame divergence de culture aux USA, aux d\u00e9buts d&#8217;Arpanet, avec les ing\u00e9nieurs d&#8217;ATT prenant de haut les informaticiens de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bolt,_Beranek_and_Newman\">BBN<\/a> sur la fa\u00e7on de construire un r\u00e9seau).<\/p>\n<p>Ce choix du datagramme contre le circuit virtuel a de larges ramifications : le circuit virtuel complique le r\u00e9seau, le rend moins r\u00e9silient aux red\u00e9marrages d&#8217;\u00e9quipements. Il complique \u00e9galement les interconnexions entre r\u00e9seaux.<\/p>\n<p>Le livre d\u00e9crit les tensions entre les \u00e9quipes Cyclades et RCP, les interventions de la hi\u00e9rarchie pour faire taire les vilains petits canards, la tentative de fusion des projets, et la d\u00e9cision politique, \u00e0 l&#8217;\u00e9lection de Val\u00e9ry Giscard d&#8217;Estaing en 1974, de ne poursuivre qu&#8217;un seul projet.<\/p>\n<h4>Le succ\u00e8s de RCP, X.25, Transpac et le Minitel<\/h4>\n<p>C&#8217;est RCP, projet issu de l&#8217;administration des t\u00e9l\u00e9coms, qui, soutenu politiquement, donnera naissance \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Transpac\">Transpac<\/a> (et, en partie, au standard <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/X.25\">X.25<\/a>).<\/p>\n<p>Transpac sera, entre autres, utilis\u00e9 comme support pour le Minitel, et sa premi\u00e8re r\u00e9volution pour l&#8217;utilisateur sera la possibilit\u00e9 de communiquer num\u00e9riquement \u00e0 travers son propre pays \u00e0 un tarif ind\u00e9pendant de la distance.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/X.25\">X.25<\/a> sera handicap\u00e9 par son architecture, et en pratique les \u00e9changes internationaux fond\u00e9s sur celui-ci resteront marginaux, \u00e9radiqu\u00e9s par un Internet naissant au fonctionnement et tarification plus simples (l&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Asynchronous_Transfer_Mode\">ATM<\/a>, lui aussi fond\u00e9 sur les circuits virtuels, qui devait prendre la rel\u00e8ve de X.25, conna\u00eetra le m\u00eame sort funeste, pour des raisons similaires).<\/p>\n<p>Selon Bernard Nivelet, ancien responsable du centre de calcul de l&#8217;IRIA, cit\u00e9 dans le livre, &#8220;l&#8217;attitude de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Direction_g%C3%A9n%C3%A9rale_des_T%C3%A9l%C3%A9communications\">DGT<\/a> nous a fait perdre environ 15 ans de ma\u00eetrise industrielle&#8221;.<\/p>\n<h4>Cyclades et TCP\/IP<\/h4>\n<p>Aux USA, d\u00e8s 1972-1973, un certain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vint_Cerf\">Vinton Cerf<\/a> qui travaille \u00e0 la conception de TCP\/IP avec <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Robert_Elliot_Kahn\">Robert Kahn<\/a>, a compris l&#8217;int\u00e9r\u00eat du travail r\u00e9alis\u00e9 sur Cyclades, et s&#8217;en inspire.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s le livre, c&#8217;est dans <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Internet_protocol_suite#Specification\">TCP<\/a> version 2 (\u00e0 l&#8217;\u00e9poque, IP et TCP sont trait\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment) que ces id\u00e9es seront int\u00e9gr\u00e9es. Outre l&#8217;id\u00e9e du datagramme, dont Cyclades a \u00e9t\u00e9 le premier \u00e0 montrer la faisabilit\u00e9 en r\u00e9el, TCP\/IP reprendra l&#8217;id\u00e9e de fen\u00eatre glissante (qui permet d&#8217;adapter la vitesse de transmission \u00e0 la capacit\u00e9 du r\u00e9seau), mais aussi les id\u00e9es sur l&#8217;interconnexion des r\u00e9seaux (le <em>catenet<\/em> dans les papiers Cyclades, terme repris tel quel dans l&#8217;<a href=\"https:\/\/www.rfc-editor.org\/ien\/ien48.txt\">IEN-48<\/a> de Vint Cerf en 1978, qui cite Louis Pouzin d\u00e8s l&#8217;introduction).<\/p>\n<p>\u00c0 leur tour, ces concepts faciliteront la transition &#8220;douce&#8221; d&#8217;Arpanet de son protocole historique vers TCP\/IP version 4, par morceaux, en 1983, avant de continuer sa croissance en agr\u00e9geant de nouveaux r\u00e9seaux, aboutissant \u00e0 l&#8217;Internet que nous connaissons.<\/p>\n<p>&#8220;Ce sont les am\u00e9ricains qui ont sauv\u00e9 le datagramme&#8221;, expose Louis Pouzin. Mais dans Cigale (le r\u00e9seau physique de Cyclades), &#8220;on avait d\u00e9fini que l&#8217;adresse destinataire n&#8217;\u00e9tait pas un point fixe, hardware (une adresse IP), mais une adresse virtuelle, dans les ordinateurs des utilisateurs&#8221;.<\/p>\n<p>Il faut saluer la transparence du livre, qui permet aux anciens de l&#8217;\u00e9quipe Cyclades de rappeler que beaucoup des id\u00e9es du projet proviennent d&#8217;un travail collectif, et s&#8217;\u00e9meuvent que les projecteurs aient \u00e9t\u00e9 beaucoup plac\u00e9s sur Louis Pouzin.<\/p>\n<h4>L&#8217;apr\u00e8s Cyclades<\/h4>\n<p>La fin du livre \u00e9voque les aventures plus r\u00e9centes de Louis Pouzin : les rencontres d&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rencontres_internet_d%27Autrans\">Autrans<\/a>, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sommet_mondial_sur_la_soci%C3%A9t%C3%A9_de_l%27information\">SMSI<\/a>, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Forum_sur_la_gouvernance_de_l%27internet\">FGI<\/a>, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Recursive_InterNetwork_Architecture_(RINA)\">RINA<\/a>, l&#8217;internationalisation de l&#8217;Internet, et les <em>alternate roots<\/em> (les racines DNS ne d\u00e9pendant pas de l&#8217;autorit\u00e9 ICANN, sujet controvers\u00e9 qu&#8217;il serait trop long de d\u00e9velopper ici). Le livre est \u00e9crit l\u00e0 sur un ton plus militant,\u00a0 pas toujours facile \u00e0 suivre, citant quelques anecdotes croustillantes de clashs, notamment entre Louis et les repr\u00e9sentants de l&#8217;ICANN. On y note une coquille r\u00e9p\u00e9t\u00e9e surprenante quoique classique, l'&#8221;IUT&#8221; pour \u00e9voquer l&#8217;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Union_internationale_des_t%C3%A9l%C3%A9communications\">UIT<\/a> (ITU en anglais). On y apprend aussi que Louis Pouzin est fan du langage <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Perl_(langage)\">Perl<\/a> !<\/p>\n<p>Pour terminer sur une note plus personnelle, j&#8217;ai eu l&#8217;occasion de croiser Louis Pouzin \u00e0 diff\u00e9rentes occasions, la premi\u00e8re fois lorsque je travaillais au centre de calcul de l&#8217;ENST (\u00e9cole nationale sup\u00e9rieure des t\u00e9l\u00e9communications, maintenant T\u00e9l\u00e9com ParisTech), rue Barrault \u00e0 Paris. On peut aussi croiser Louis, qui s&#8217;int\u00e9resse \u00e0 tout ce qui peut concerner un geek, lors de sessions du FGI comme lors de conf\u00e9rences sur Bitcoin, et il manifeste toujours avec le sourire la m\u00eame gouaille et la m\u00eame ardeur \u00e0 refaire le monde \ud83d\ude42<\/p>\n<p>Le centre de calcul de l&#8217;ENST a \u00e9t\u00e9 reli\u00e9 \u00e0 Cyclades, comme l&#8217;\u00e9voque le livre, par l&#8217;un des anciens de l&#8217;\u00e9quipe. \u00c0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 j&#8217;y ai travaill\u00e9, les traces de Cyclades avaient disparu depuis longtemps. Il y aurait \u00e9galement eu une \u00e9poque o\u00f9 l&#8217;\u00e9cole avait \u00e9t\u00e9 reli\u00e9e &#8220;de force&#8221; \u00e0 RCP pendant sa phase exp\u00e9rimentale. Seul subsistait, au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, un lien X.25 utilis\u00e9 pour le serveur Minitel des r\u00e9sultats du concours Mines-Ponts.<\/p>\n<p>Depuis, le centre de calcul lui m\u00eame a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plac\u00e9 et les locaux totalement reconstruits, lors du d\u00e9samiantage du b\u00e2timent dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re fois que j&#8217;ai eu acc\u00e8s \u00e0 un papier sur Cyclades, <a href=\"https:\/\/www.researchgate.net\/publication\/255679220_Presentation_and_major_design_aspects_of_the_CYCLADES_computer_network\"><em>Presentation and major design aspects of the CYCLADES computer network<\/em><\/a>, j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par la similarit\u00e9 entre la structure de Cyclades et celle de l&#8217;Internet :<\/p>\n<blockquote><p>CYCLADES uses a packet-switching sub-network, which is a transparent message carrier, completely independent of host-host conventions. While in many ways similar to ARPANET, it presents some distinctive differences in address and message handling, intended to facilitate interconnection with other networks. In particular, addresses can have variable formats, and messages are not delivered in sequence, so that they can flow out of the network through several gates toward an outside target.<\/p>\n<p>Traduction : CYCLADES utilise un sous-r\u00e9seau \u00e0 commutation de paquets, qui est un transport transparent de messages, compl\u00e8tement ind\u00e9pendant des conventions h\u00f4te-h\u00f4te. Bien qu&#8217;\u00e0 de nombreux \u00e9gards similaire \u00e0 ARPANET, il pr\u00e9sente des diff\u00e9rences notables dans la gestion des adresses et des messages, destin\u00e9es \u00e0 faciliter l&#8217;interconnexion avec d&#8217;autres r\u00e9seaux. En particulier, les adresses peuvent avoir des formats vari\u00e9s, et les messages ne sont pas d\u00e9livr\u00e9s en s\u00e9quence, afin de pouvoir sortir du r\u00e9seau \u00e0 travers plusieurs portes vers une cible ext\u00e9rieure)<\/p><\/blockquote>\n<p>Ce papier sur Cyclades n&#8217;est malheureusement pas disponible librement (on retrouve les probl\u00e8mes actuels li\u00e9s \u00e0 la diffusion des papiers de recherche, un syst\u00e8me passant par les fourches caudines des \u00e9diteurs de recherche, rendu caduc par Internet). Il date de janvier 1973, pour des concepts qui n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement d\u00e9ploy\u00e9s qu&#8217;\u00e0 partir de 1982-1983 dans l&#8217;Internet.<\/p>\n<p>Louis Pouzin explique m\u00eame dans le livre que TCP\/IP ne va pas jusqu&#8217;au bout des id\u00e9es de Cyclades sur l&#8217;adressage, qui \u00e9taient (de ce que j&#8217;en ai compris) destin\u00e9es \u00e0 permettre l&#8217;interconnexion de r\u00e9seaux h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>C&#8217;est l\u00e0 que s&#8217;arr\u00eatent la plupart des travaux r\u00e9cents que j&#8217;ai pu lire sur ces sujets : on aimerait des d\u00e9tails plus techniques sur les fondamentaux de Cyclades, et notamment son format de paquet et ses protocoles \u00e9l\u00e9mentaires, que je n&#8217;ai r\u00e9ussi \u00e0 retrouver nulle part \u00e0 ce jour.<\/p>\n<p>Un livre relatant l&#8217;histoire du c\u00f4t\u00e9 RCP apporterait peut-\u00eatre, \u00e9galement, un \u00e9clairage int\u00e9ressant sur cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>En conclusion, je recommande vivement la lecture de ce livre \u00e0 ceux qui veulent en savoir plus sur Louis Pouzin, mais aussi lire de belles histoires de geeks passionn\u00e9s sur le r\u00e9seau Cyclades, les avatars du Plan Calcul, le tout dans un contexte o\u00f9 l&#8217;informatique naissante \u00e9tait tr\u00e8s diff\u00e9rente de l&#8217;environnement que nous connaissons aujourd&#8217;hui, mais qui a litt\u00e9ralement construit les r\u00e9seaux que nous utilisons maintenant quotidiennement.<\/p>\n<h5>Compl\u00e9ment<\/h5>\n<p>On lira \u00e9galement avec int\u00e9r\u00eat la <a href=\"https:\/\/www.laurentbloch.net\/MySpip3\/Louis-Pouzin-L-un-des-peres-de-l-Internet\">fiche de lecture<\/a> de Laurent Bloch sur son blog, qui entre dans des explications d\u00e9taill\u00e9es sur le datagramme, la fen\u00eatre glissante, ainsi que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mod%C3%A8le_OSI\">mod\u00e8le OSI<\/a>, une autre contribution essentielle, dont je n&#8217;ai pas parl\u00e9 ici.<\/p>\n<p>Deux articles de Fabien Soyez sur Louis Pouzin, &#8220;\u00e0 la base du livre&#8221; pour le citer : <em>Louis Pouzin n&#8217;a pas invent\u00e9 Internet, mais sans lui, il n&#8217;y aurait pas d&#8217;Internet<\/em> <a href=\"https:\/\/www.ulyces.co\/fabien-soyez\/louis-pouzin-na-pas-invente-internet-mais-sans-lui-il-ny-aurait-pas-dinternet\/\">partie 1<\/a> et <a href=\"https:\/\/www.ulyces.co\/fabien-soyez\/louis-pouzin-na-pas-invente-internet-mais-sans-lui-il-ny-aurait-pas-dinternet-2\/\">partie 2<\/a>.<\/p>\n<p>Commentaire int\u00e9ressant de Chantal Lebrument (co auteure), <a href=\"https:\/\/twitter.com\/OpenRoot1\/status\/1071694861059928064\">sur twitter<\/a> :<\/p>\n<blockquote><p>Avoir trouv\u00e9 un \u00e9diteur qui accepte ce livre a pris 2ans, tous ont refus\u00e9&#8230; donc bien contente qu\u2019une maison d\u2019\u00e9dition de qualit\u00e9 ait d\u00e9cid\u00e9 de porter ce projet.<\/p><\/blockquote>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>On peut trouver le livre en ligne notamment chez :<\/p>\n<ul>\n<li><a href=\"https:\/\/www.decitre.fr\/livres\/louis-pouzin-9782717870473.html\">Decitre<\/a><\/li>\n<li>la <a href=\"https:\/\/livre.fnac.com\/a12994018\/C-Lebrument-Louis-Pouzin?omnsearchpos=1\">Fnac<\/a><\/li>\n<li><a href=\"https:\/\/www.amazon.fr\/Louis-Pouzin-lun-P%C3%A8res-lInternet\/dp\/2717870474\/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;qid=1544186941&amp;sr=8-1&amp;keywords=louis+pouzin&amp;linkCode=sl1&amp;tag=signal-21&amp;linkId=0be56848e41605e7f7fe1a8ed0991a2d&amp;language=fr_FR\">Amazon<\/a><\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne pr\u00e9sente plus Louis Pouzin : il a \u00e9t\u00e9, notamment, l&#8217;un des pionniers fran\u00e7ais des r\u00e9seaux informatiques, d\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et 1970, avec le r\u00e9seau Cyclades. Sa biographie vient d&#8217;\u00eatre publi\u00e9e aux \u00e9ditions Economica, dans la &#8220;Collection Cyberstrat\u00e9gie&#8221;, par Chantal Lebrument et Fabien Soyez, avec une pr\u00e9face du blogueur clermontois Korben. Cette biographie &hellip; <a href=\"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/2018\/12\/08\/la-biographie-de-louis-pouzin-et-laventure-cyclades\/\" class=\"more-link\">Continue reading <span class=\"screen-reader-text\">la biographie de Louis Pouzin et l&#8217;aventure Cyclades<\/span> <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[15,7],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1481"}],"collection":[{"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1481"}],"version-history":[{"count":28,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1481\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1512,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1481\/revisions\/1512"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1481"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1481"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/signal.eu.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1481"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}