Signalisation ferroviaire
La crémaillère est l’occasion d’effectuer un petit tour du propriétaire. Vous savez sûrement ce qu’est un site web, je vais donc me contenter de commenter longuement la photo qui figure dans l’entête du site (merci à Thomas de l’avoir mise dans une forme adaptée au style de Wordpress).
Ce sont des signaux d’une grande gare parisienne (devinette : de quelle gare s’agit-il ? Edit : trouvé, c’était la gare de Lyon). L’un présente l’indication carré, arrêt absolu (deux feux rouges). L’autre est à voie libre (feu vert). Les pancartes c204 et c205 sont des identifications locales.
La signalisation ferroviaire est d’une complexité à côté de laquelle les feux tricolores automobiles relèvent du joujou clignotant pour enfant en bas âge. En effet, un train ne s’arrête pas sur une distance aussi courte qu’une automobile, et les conséquences d’un accident sont beaucoup plus graves. La plupart des principes de signalisation ferroviaire en découlent. Le premier principe de sécurité qui figure au règlement SNCF est que tout agent, quel que soit son grade, doit une obéissance passive et immédiate aux signaux qui lui sont présentés.
Dans les gares, l’ouverture d’un signal à voie libre nécessite l’établissement d’un itinéraire débutant à ce signal, c’est à dire la mise en position d’une série d’aiguilles vers la destination désirée en sortie de gare. Commandé par le poste d’aiguillage, l’établissement d’un itinéraire est soumis à des vérifications (enclenchements) pour éviter toute collision entre deux trains, un déraillement dû au changement de position d’une aiguille lors de son parcours par un train, etc. On interdit en particulier l’établissement simultané de deux itinéraires non compatibles : pour cette raison, les deux signaux présents sur la photo ne seront jamais simultanément à voie libre.
Loin d’être allumé au hasard, le feu vert du carré 204 représente donc la formation par l’aiguilleur d’un itinéraire pour un train en instance de départ derrière le photographe. Sauf procédure exceptionnelle, impossible de refermer ce feu au nez du mécanicien en raison des distances d’arrêt.
Toutes ces règles sont gérées par des armoires remplies de relais reliés par des kilomètres de câbles à des équipements situés sur le terrain, les signaux bien sûr, mais aussi :
- moteur d’aiguille :

- balises KVB (les deux plaques jaune propre et jaune sale), circuit permettant de détecter l’occupation des voies (câbles à gauche et à droite de la plaque boulonnée sur le rail, appelée une éclisse), pédale (à l’extrême droite) :

- un objet mystérieux, peut-être un autre type de pédale (si quelqu’un a la réponse…) :

- téléphone de voie :

- crocodile pour la répétition des signaux à bord des locomotives :

Bref, un vrai festival d’électrotechnique pour les férus de techniques de l’ingénieur.
Les lecteurs les plus observateurs me feront remarquer que je n’ai pas décrit certains éléments.
Les pancartes Z, associées à des plaques 30 non visibles ici, repèrent le début d’une zone à parcourir à la vitesse limite de 30 kilomètres/heure.
La petite lampe blanche est un oeilleton de franchissement. Les pancartes Nf, non franchissable, ne font nullement allusion à une norme bien connue, elle se réfèrent à l’indication la plus restrictive présentée par ces signaux (le carré). Ensemble, l’oeilleton et la pancarte Nf servent à l’interprétation du signal dans le cas où aucun des feux principaux ne serait allumé en raison d’une lampe grillée (quand je vous dis que la sécurité ferroviaire, c’est du sérieux).
À ceux qui ont vraiment beaucoup de temps à tuer, je conseille vivement d’essayer Simsig, un simulateur ultra-réaliste de poste d’aiguillage anglais, qui permet de se placer dans la peau d’un aiguilleur. Les principes sont largement similaires aux mécanismes SNCF. Pour les unixiens, cela fonctionne même sous Wine.
Et pour ceux qui veulent en savoir plus :
- un document très complet sur la signalisation SNCF ;
- des explications plus détaillées sur les postes d’aiguillage : introduction, les PRS ;
- une autre page sur le KVB ;
- les pages Wikipedia sur la signalisation ferroviaire et sur les postes d’aiguillage.
Et enfin, la bible absolue sur le fonctionnement intime de la signalisation SNCF : Signalisation ferroviaire, de Roger Rétiveau, un ouvrage ancien malheureusement épuisé.
Edit : Voici la photographie originale :

January 7th, 2007 at 18:44:30
Vous connaissant tous les deux, il peut s’agir soit de la gare de l’Est, soit de la gare du Nord. Maintenant, objectivement, y a-t-il un morceau de cette photo retaillée qui puisse laisser un indice particulier ?
January 7th, 2007 at 21:06:29
Olive : tu as raison sur le fait que j’y ai été un peu fort sur la difficulté de la devinette. Tout ce qui figure sur l’image est ce qu’il y a de plus standard à la SNCF, Tout au plus, on peut peut-être retrouver la gare en vérifiant voie par voie la forme des signaux de départ (notamment, au moins deux des gares du nord de Paris ont des signaux carrés plutôt qu’ovales) et leur identification, mais je n’en suis même pas sûr.
J’ajoute un indice substantiel : la photo complète permet de voir sur la droite, presque en face, le poste d’aiguillage principal de cette gare. Sa disposition au milieu des voies est caractéristique.
January 7th, 2007 at 21:23:36
Pierre : n’est-ce pas le cas de la gare de Lyon ?
January 7th, 2007 at 21:36:59
(ça pourrait être alors le pendant de cette photo-ci (floue) que j’avais prise en 2004)
January 7th, 2007 at 21:52:27
Sam : gagné ! Toutes les autres gares ont leur poste dans un bâtiment au bord des voies, pas toujours en évidence d’ailleurs. Ceux de Saint-Lazare et Austerlitz sont bien visibles, à droite dans le sens des départs, mais je ne sais pas exactement où sont ceux des gares du Nord (à gauche ?), de l’Est (sans doute à gauche) et de Montparnasse (sans doute à droite).
J’ajoute la photo originale dans le billet. Ta photo est très chouette et à peine floue, de toute façon la mienne l’est tout autant.
January 7th, 2007 at 23:53:40
Le geek c’est bon, mangez en
Quand un dinosaure geek ferrovipathe 1.0 cède finalement à l’appel du blog, cela donne ceci et moi j’adore…
January 9th, 2007 at 10:02:21
> Je vais donc me contenter de commenter longuement
> la photo qui figure dans l’entête du site.
Attention, cette image est en fait définie comme “background” dans la feuille de style CSS. Mon Firefox ne l’imprime donc pas. Ce qui fait que le texte est déroutant sur la version imprimée.
[Désolé pour le premier commentaire, un Retour tapé trop vite et ce blog ne demande pas de confirmation, tant pis pour les étourdis.]
January 9th, 2007 at 11:04:09
Stéphane : j’ai nettoyé ton premier commentaire.
1) en effet, Wordpress ne dispose (par défaut en tout cas) pas de fonction de prévisualisation sur les commentaires. C’est d’autant plus dommage que l’éditeur de billet, lui, le permet, avec tout un tas de fonctions supplémentaires. Je suppose qu’il existe des plugins pour améliorer ça.
2) concernant les CSS, je ne suis pas spécialiste de la question, je me suis contenté de reprendre le style par défaut de Wordpress. Je ne sais d’ailleurs pas ce qui est le plus logique, laisser l’image de titre en fond ou non (si quelqu’un connaît une solution propre et chic, je suis preneur).
Bref, tout cela montre que je ne suis pas encore totalement compatible web 2.0, il me reste encore de la dinosauritude à revendre.
January 9th, 2007 at 21:32:05
Solution possible pour l’impression depuis Firefox : dans le menu “File”, option “Page setup”, choisir “Print background”.
January 22nd, 2007 at 0:57:58
[…] Foin des sempiternelles séquences voie libre/sémaphore/avertissement/voie libre ou carré/voie libre/carré, voici une succession en gare attrapée sans préméditation et mettant en scène des voisins de nos fidèles carrés 204 et 205 : les carrés 209, 210 et 228. […]
January 23rd, 2007 at 17:13:40
[…] Vous vous souvenez sûrement de l’objet mystérieux. Mystère élucidé : il s’agit bien d’un autre type de pédale, à fonctionnement électronique (détection par courants de Foucault). […]