Bitcoin, ce n’est pas qu’une question d’argent

À force de lire des articles ici ou la sur Bitcoin et la spéculation, on finit par croire qu’il n’y a que ça à en dire, et qu’il n’y a que lui.

D’abord, la spéculation : oui, il y en a. Si le Bitcoin n’était pas monté à $1000 au mois de novembre, on n’en parlerait sûrement pas autant aujourd’hui.

Mais il ne faut pas surtout pas oublier, en vrac :

  • que le Bitcoin est la première monnaie non centralisée ;
  • qu’il s’inspire des technologies pair-à-pair ;
  • que son procédé représente de réelles avancées théoriques en matière d’informatique répartie ; le Bitcoin n’est pas juste un logiciel écrit en vitesse sur un… coin de table à la fin d’un repas bien arrosé.
  • qu’il existe donc, maintenant, de nombreuses autres crypto-monnaies bâties sur ce modèle plus ou moins modifié ;
  • et surtout, que les avancées citées plus haut ont bien d’autres applications que la création de monnaie !

Car le fonctionnement du Bitcoin se fonde sur un journal de transactions réparti et sécurisé, horodaté et inaltérable.

Si la première application en est la monnaie, il y en aura bien d’autres. C’est une certitude.

Par exemple les registres de toutes sortes, actuellement centralisés : déjà le namecoin s’intéresse aux noms de domaine, dans un mélange assez curieux.

Mais on peut imaginer de transposer ainsi une bonne part de tous les registres administratifs. Registre des naissances, de propriété, notariat, preuves d’antériorité, authentification de documents…

Bref, le Bitcoin est beaucoup plus qu’une simple évolution de la monnaie.

On n’a pas fini de voir des industries entières forcées de réviser leur activité, un nouveau point commun entre le Bitcoin et Internet.

Les levées de boucliers commencent donc à peine.

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19 thoughts on “Bitcoin, ce n’est pas qu’une question d’argent”

  1. « Horodaté », c’est sûr ? Il me semblait que non (cela nécessiterait une horloge répartie, qui est déjà un problème d’informatique difficile en soi). Pour moi, il y a ordonnancement des transactions (chacune signant la précédente) mais pas horodatage. (Je me plonge dans le code pour vérifier.)

  2. Bon, je viens ici encore une fois corriger les termes utilisés à tors et à travers: Non, Bitcoin n’est pas une monnaie, c’est un instrument financier à forte liquidité.

    La monnaie, incidemment, est l’instrument financier a liquidité maximale.

    Bitcoin différe d’une monnaie sur deux points:

    – Sa légalité : une monnaie a une valeur légale. Il existe un pays ou l’activité commerciale est tenue, légalement, d’accepter la monnaie en question. En France, un commerçant est tenu d’accepter l’Euro, et ne peut les refuser (il peut accepter également du Peso venezuélien ou du Yen japonais s’il veut).

    – Sa liquidité: le bitcoin a un plancher d’échange d’environ 1 heure. Lorsque vous recevez une transaction en bitcoin, vous ne pouvez pas, contrairement à un billet de banque, vous tourner vers votre voisin et lui échanger – il faut attendre que la transaction soit estampillée dans le réseau Bitcoin et qu’un nombre suffisant de blocs la suivent avant de pouvoir rééchanger le bitcoin fraichement obtenu.

    (ouf, on n’a pas vu le “anonyme” passer, un de moins à démonter)

  3. @Vincent merci pour ton explication.

    J’avais regardé ce que dit Wikipédia sur la monnaie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie et, autant que je puisse en juger, Bitcoin répond aux 3 fonctions citées d’une monnaie classique :

    – intermédiaire d’échange
    – réserve de valeur
    – unité de compte

    Est-ce que la différence de définition ne vient pas simplement du fait qu’on ne parle pas tout à fait de la même chose : point de vue de l’usager ou de la théorie financière ?

    Au total, ça ne me gêne pas vraiment d’employer par abus de langage “monnaie” pour le Bitcoin.

    @Stéphane le papier original parle de à répétition de “timestamp”, ce n’est pas équivalent à “horodatage” ?

  4. @Pierre Dans les systèmes répartis (contrairement au langage courant, à celui des notaires, ou à celui des professionnels qui tiennent un journal de bord), “timestamp” désigne toute méthode qui permet d’ordonner des événements entre eux (“avant”, “après”, “suivant”, etc). Un simple compteur monotone, par exemple. Ou un chaînage (ce que fait Bitcoin).

    “horodatage” fait penser à une référence à une horloge externe (heure UTC, par exemple), que Bitcoin ne fournit pas.

  5. @Bortzmeyer quand tu dis aucun rapport, tu cibles la partie technique ? Parce que question concept, c’est tout de même vachement proche (pas de centre, inondation du réseau et chiffrement de bout en bout).

  6. @Pierre Comme les horloges ne sont pas synchronisées, je pense que ce “timestamp” n’a qu’une signification locale, et n’a pas de fonction autre que décorative. La date affichée par blockchain.info est la date de réception au nœud qui a vérifié (nœud qui n’est pas forcément à l’heure).

  7. @Sempiternel Oui, en effet, Bitmessage n’a d’autre rapport avec Bitcoin que le fait qu’il repose sur l’inondation, comme des centaines d’autres protocoles. Les auteurs de Bitmessage n’ont apparemment pas une vaste culture informatique et croient que Bitcoin a inventé l’inondation. (Ce qui prouve qu’ils n’ont pas lu l’article original sur Bitcoin, qui cite Usenet.)

  8. Relis bien l’article: La première des caractéristiques (“la capacité d’éteindre une dette, notamment fiscale”) n’est pas remplie par Bitcoin.

    Il y a trois termes qu’on utilise, souvent, a tort (et j’ai même, j’ai honte, fait l’erreur ci-dessus en descendant d’un cran) pour désigner ce genre d’instruments financiers:

    – L’argent (cash)
    – La monnaie (money)
    – La device (currency)

    La monnaie est, en économie, l’ensemble des instruments financiers bénéficiant de la garantie et obligation légale de l’état. On parlera de masses monétaires (désignés en général en base, M1, M2 et M3) pour ces ensembles suivant la liquidité de l’instrument. Elle sera maximale pour l’argent (cash), et beaucoup plus faible pour les titres de créance de l’Etat.

    Tous ces instruments monétaires sont libellés en devise. La confusion est entretenue parce que, par exemple, quand je vais dire “Euro”, je peut me référer à la devise (ma comptabilité est en euro), à la monnaie (ma trésorerie est en euro) ou à mon argent (mon portefeuille contient des euro).

    Bitcoin est une devise : il est utilisable comme unité de compte, et peut être échangé, mais ce n’est ni une monnaie (il n’a aucune valeur légale, nul ne peut imposer un paiement en bitcoin en aucun endroit du monde), ni même de l’argent (dont il n’a pas la liquidité). Et c’est pour ça que la traduction incorrecte m’énerve a chaque fois (alors que le terme qu’on trouve partout dans les articles anglais, lui, est le bon).

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