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La démission française sur la liberté d’expression numérique

Un point sur la directive copyright semble utile (j’avais écrit ici une petite introduction précédemment, pour les lecteurs qui ne sont pas au courant de l’article 13 de cette directive).

La nouvelle du jour, c’est qu’après des mois de tergiversations, la position française (totalement acquise aux ayants-droit) semble avoir eu gain de cause, ce qui est inquiétant. Les garde-fous demandés par les défenseurs des libertés en ligne semblent avoir été largement ignorés.

Ainsi, ni PME ni les sites à but non lucratif (ce dernier point ne semble pas certain, mais ce n’est pas encore très clair) ne seraient exclus du champ de l’article 13, ce qui revient à mettre une barrière d’entrée infranchissable à ceux-ci en face des GAFAM puisque ces derniers disposent déjà des technologies de filtrage nécessaires pour être à l’abri de l’article. Et il risque d’en résulter une censure sans subtilité des contenus produits par les utilisateurs, voire disparition pure et simple (ou inexistence) de certains services (voir ici le tout dernier article de Julia Reda, députée européenne allemande, pour les détails).

Revenons sur les facteurs qui font que la position française en la matière est particulièrement extrémiste.

Les institutions françaises et les ayants-droit

Sans revenir en détail sur la situation française autour de l’exception culturelle, un peu de contexte est nécessaire.

Depuis des décennies, la concrétisation de l’exception culturelle est le passage de lois de protection de l’industrie du spectacle, éventuellement au détriment de l’intérêt public.

Il y a ainsi eu les lois cherchant à protéger le cinéma contre la télévision (chronologie des médias), puis le cinéma et la télévision contre la cassette VHS et le DVD, puis les chaînes privées brouillées, puis la VHS et le DVD contre les importations contrariant les exclusivités nationales, puis le CD contre la musique en ligne, puis tout cela contre le piratage. Cette liste n’est, bien sûr, pas exhaustive (des séries de lois similaires existent concernant le livre).

S’y ajoutent les diverses taxes et redevances destinées à soutenir la même industrie : redevance télévisuelle (dont une bonne partie sert à acquérir des droits de diffusion), redevance copie privée (supposée dédommager les ayants-droit pour les copies de sauvegarde des œuvres que vous avez légalement acquises, mais que vous paierez également pour stocker vos vidéos de vacances ou en achetant votre téléphone), droits divers sur votre abonnement Internet, etc.

S’y ajoutent un certain nombre d’instances et d'”autorités administratives indépendantes”, suivant le terme consacré : la Hadopi et le CSA, mais aussi le CSPLA (conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique) ou la commission pour la rémunération de la copie privée, qui décide unilatéralement du montant de la redevance copie privée. Toutes ces entités dépendent du ministère de la culture.

Une des missions principales attribuées au ministère de la culture est de réaliser, au niveau français, la législation pour protéger les ayants-droit, et à l’échelle européenne, le lobbying pour légiférer dans le même but, en particulier la directive copyright (dite “directive droit d’auteur” en France) qui nous intéresse en ce moment.

Officiellement, la mission du ministère est de « rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France ». En pratique, cette mission est interprétée de manière limitative : ne comptez pas sur le ministère pour défendre les licences libres ou le domaine public, car il s’agit d’un casus belli vis-à-vis des industries littéraires et du spectacle, et celles-ci l’ont clairement exprimé à plusieurs reprises.

Enfin, ce panorama ne serait pas complet sans un mot sur la représentation française au parlement européen : elle a été à l’avenant lors du vote de juillet, dans une écrasante majorité en faveur des ayants-droit, sans nuance et tous partis confondus, à l’exception notable des Verts.

Les médias et les ayants-droit

La couverture par les médias généralistes en France de la directive copyright a été quasiment inexistante, sinon pour :

  • accorder des tribunes aux ayants droit, pour défendre l’utilité de l’article 13, en en ignorant les effets néfastes ;
  • s’indigner du lobbying — réel — de Youtube et Google contre la directive, en oubliant totalement que les ayants-droit ne sont pas en reste, loin de là, en matière de lobbying ; et qu’au delà de ces 2 lobbies bien visibles et d’un storytelling binaire mais facile, devrait être évoqué l’intérêt général, celui des citoyens.

En ce qui concerne la presse, la directive prévoit l’article 11, censé obliger les moteurs de recherche à rémunérer les journaux pour le trafic que les premiers leur apportent. Pour en arriver à cette absurdité (qui équivaut à demander une commission à un taxi pour qu’il ait le droit de déposer ses clients à tel hôtel), il faut tordre le droit d’auteur et les usages d’Internet, en piétinant le droit de citation.

Les lobbyistes des articles 11 et 13 sont donc entrés depuis l’été 2018 dans un jeu de donnant-donnant. « Je soutiens ton article 11, en échange tu soutiens mon article 13, et réciproquement ». En effet, le sort de ces deux articles est lié : l’un comme l’autre visent clairement Internet sous couvert de cibler les GAFAM ; l’un comme l’autre sont contestés depuis des mois par les associations de défense des libertés ; et le reste de la directive copyright est relativement consensuel.

Ainsi, les tenants de l’article 11 (la presse) se sont vu reprocher par ceux de l’article 13 (les ayants-droit de l’industrie du spectacle) l’échec du vote de juillet 2018, qui aurait permis une validation accélérée au parlement européen, en donnant mandat au rapporteur Axel Voss pour terminer l’écriture de la directive.

Autrement dit, le sort de la directive copyright repose essentiellement sur le consensus qui sera obtenu sur ces articles 11 et 13 ; et cela traîne, car la position française, totalement calquée sur les demandes des ayants-droit, est loin de faire l’unanimité dans l’Union Européenne.

En France, le sujet ne suscite guère d’intérêt médiatique sinon pour s’indigner épisodiquement de manière pavlovienne de l’hégémonie des GAFAM, comme dans cette récente édition de l’Instant M de France Inter qui, toute occupée à dénoncer l’activisme de Youtube, en oublie accessoirement celui des ayants-droit, mais surtout arrive à faire l’impasse sur le sujet de la liberté d’expression, ce qui est plus gênant.

Précisons que je n’ai rien contre cette émission. C’est simplement l’exemple le plus récent auquel j’ai été confronté, mais il en existe bien d’autres, dans le Monde, dans Les Échos, et ailleurs, sous forme, souvent, de tribunes d’opinion à des collectifs d’artistes, ou d’interviews d’artistes en vue. Ainsi, pour ne citer que Jean-Michel Jarre, dès les titres, la tonalité est claire :

  • Le Monde : Jean-Michel Jarre : « YouTube ne doit pas devenir un monopole »
  • France Info : Jean-Michel Jarre défend les auteurs face aux “monstres d’internet”

On cherchera en vain des articles aussi médiatisés exprimant des positions allant clairement contre les articles 11 et 13 de la directive, ceux-ci étant essentiellement du ressort de la presse spécialisée, ou relégués dans des rubriques “actualité numérique”.

Il faut quand même noter quelques exceptions. J’ai eu la chance et l’honneur d’être sollicité par France 24 pour défendre le point de vue des utilisateurs et hébergeurs Internet, ainsi que pour des articles de BFMTV et Marianne, ce dont je les remercie. J’ai également été invité par l’April à l’émission Libre à vous sur Radio Cause Commune, qui est revenue à plusieurs reprises sur la directive. Enfin, on ne peut oublier la couverture régulière de ces sujets, et de tout ce qui concerne le lobbying numérique des ayants-droit, dans Nextinpact, sous la plume de Marc Rees.

La situation associative française

Plus préoccupant, et plus surprenant, l’une des associations phares de défense des droits numériques en France, la Quadrature du Net, a fait preuve d’un mutisme quasi complet sur le sujet de la directive, hors quelques déclarations de principe contre l’article 13 jusqu’à l’été 2018, suivies de prises de positions niant le danger de la directive pour l’« Internet libre », totalement à contre-courant du sentiment général dans les associations similaires.

La Quadrature n’a pas jugé possible non plus de prendre le temps de signer la lettre ouverte d’EDRI, au contraire de 90 des associations européennes et internationales les plus en vue se préoccupant de droits numériques, dont l’EFF états-unienne.

C’est d’autant plus ennuyeux que la Quadrature du Net dispose, dans le domaine associatif numérique, d’un historique et d’une écoute médiatiques qui n’ont guère d’équivalent en France. Son absence peut en partie expliquer la couverture médiatique univoque observée sur le sujet.

On note un autre absent de marque, le Conseil National du Numérique, qui semble se cantonner désormais aux missions que lui confie le gouvernement Macron.

Les deux principales associations françaises ayant réellement fait campagne contre la directive sont l’April, association de défense du logiciel libre, et Wikimédia, la branche française de la fondation qui édite le bien connu Wikipédia, concerné directement par les articles 11 et 13. On peut citer également le CNLL et Renaissance Numérique parmi les signataires de la lettre ci-dessus.

Un article 13 extrême

Même parmi les ayants-droit, l’article 13 ne faisait pas l’unanimité. Ainsi, en décembre, des ayants-droit du cinéma et du sport se sont désolidarisés de l’article tel qu’il était rédigé, estimant qu’il allait trop loin et ne bénéficierait qu’aux grandes plateformes. C’est également la position des associations.

Un résultat à la hauteur des efforts français

Comme précisé plus haut, il semble qu’après un combat entre la position française et celle d’autres pays, dont l’Allemagne, la directive copyright soit en train de passer avec un article 13 in extenso, minimaliste vis-à-vis de la protection des droits des citoyens et des intermédiaires techniques, la position de la France ayant prévalu. Rien n’étant jamais gratuit dans ces négociations, difficile de dire contre quel abandon réciproque la défense des ayants-droit a été troquée vis-à-vis de l’Allemagne.

Une situation plombée

En France, comme on l’a vu, la situation politique est verrouillée depuis des décennies par les ayants-droit, au détriment de l’intérêt général, et sans espoir ni même volonté d’en sortir.

Par parenthèse, car le domaine de la SVOD (vidéo par abonnement en ligne) est très anecdotique au regard des impacts potentiels des articles 11 et 13, le prochain échec sera celui d’un concurrent potentiel à Netflix, coulé d’avance par une législation et un écosystème hexagonaux hostiles à toute innovation en la matière, et une absence de vision. Ainsi, après avoir plombé molotov.tv par l’accumulation de règles sur les magnétoscopes virtuels, après le quasi échec de Canal Play qui en est réduit à imposer des procédures de désabonnement compliquées pour retenir ses abonnés (on notera que Vivendi n’a pas voulu acquérir Netflix à ses débuts), on nous prépare salto.fr, sur fonds publics, qui croit pouvoir s’imposer par des exclusivités sur les séries de France Télévision (celles-ci seront retirées de Netflix), et qui, inévitablement, rejoindra quelques temps après son ouverture la longue liste de nos échecs de stratégie industrielle et politique.

Et maintenant ?

La première chose à faire, urgente et essentielle, serait de sortir du raisonnement mortifère (et réactif) « ce qui est mauvais pour les GAFAM est bon pour l’intérêt général » qui actuellement motive et oriente l’essentiel de l’action législative française en matière numérique.

D’une part, parce que ce qui semble mauvais pour les GAFAM ne l’est pas forcément réellement pour eux. Ainsi, Google/Youtube dispose déjà de la technologie nécessaire pour appliquer l’article 13, ce qui lui donne une avance considérable sur le reste de l’industrie. Ensuite, on a appris récemment que Facebook, derrière une opposition de façade à l’article 13, poussait discrètement le législateur à l’adopter, parce que Facebook possède également une avance technologique en la matière.

D’autre part, ce qui semble mauvais pour les GAFAM, a, a priori, des chances de l’être également pour des acteurs similaires, les hébergeurs et autres intermédiaires techniques, qu’ils soient à but lucratif ou non, et Wikimédia l’a bien compris. Difficile de se plaindre de la prééminence persistante des GAFAM lorsqu’on a savonné également la planche des services concurrents, à moins que le plan soit de renforcer cette prééminence pour avoir un lieu de contrôle, surveillance et taxation centralisé plus simple à gérer par les états.

Dans un autre registre, on voit déjà dans les tentatives de taxation de Google et Facebook par l’état français que le crayon du législateur peut déborder : il suffit qu’un article de loi soit mal rédigé pour qu’il ait un impact bien au delà de Google ; la loi étant supposée ne pas viser un acteur particulier, ce qui serait discriminatoire, elle doit établir des principes, mais les acteurs similaires (dans le monde publicitaire en particulier) existent et, s’ils sont probablement ravis qu’on taxe Google, ils souhaiteraient éviter qu’on les taxe pour la même activité.

Il suffit de transposer la situation fiscale à celle des articles 11 et 13 pour imaginer les dangers vis-à-vis de la liberté d’expression.

Ensuite, parce que se focaliser sur la lutte contre les GAFAM revient à négliger les citoyens. Ceux-ci auraient du mal à migrer en masse vers d’autres services, même si cela pourrait être souhaitable, à supposer que de tels services existent. Notamment, restreindre par la loi la liberté d’expression sur les GAFAM, même si elle n’y est pas parfaite, revient à restreindre la liberté d’expression tout court.

Enfin, la loi doit poser des principes généraux et fonctionner le moins possible par exceptions. Ainsi, l’article 13 prévoit une liste limitative d’exceptions, qui correspondent à des services déjà existants. Mais l’imagination des développeurs de sites et d’applications est plus fertile que celle du législateur et des lobbies du moment, et les possibilités d’Internet plus larges. Ainsi, si les forges de logiciel ou les encyclopédies en ligne n’existaient pas déjà, avec des acteurs de taille notable pour les défendre, les exceptions correspondantes auraient été tout simplement oubliées.

À côté de quels autres services et usages encore inconnus sommes-nous en train de passer en écrivant la loi contre les acteurs hégémoniques du moment et pour soutenir tel ou tel groupe d’intérêt sur des modèles d’un autre temps qui, tôt ou tard, devront être repensés en fonction des possibilités de la technologie, et non contre celle-ci ?

Et pour revenir à la liberté d’expression : elle est — en partie — incluse dans le paragraphe qui précède, dans ces futurs services, même si elle mériterait un développement. Rappelez-vous du Minitel, un modèle qui a eu son heure de gloire, mais très encadré à tous points de vue, et en particulier pour préserver le modèle de la presse papier. Pensez-vous vraiment que la liberté d’expression y était aussi étendue que sur Internet aujourd’hui ?

Et plus largement, les attaques récentes contre l’anonymat en ligne par le gouvernement, beaucoup de politiques même dans l’opposition, et certains syndicalistes et éditorialistes montrent que la position de la France sur les articles 11 et 13 est loin d’être un accident de parcours.

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la biographie de Louis Pouzin et l’aventure Cyclades

On ne présente plus Louis Pouzin : il a été, notamment, l’un des pionniers français des réseaux informatiques, dès les années 1960 et 1970, avec le réseau Cyclades.

Sa biographie vient d’être publiée aux éditions Economica, dans la “Collection Cyberstratégie”, par Chantal Lebrument et Fabien Soyez, avec une préface du blogueur clermontois Korben.

Cette biographie couvre principalement la carrière professionnelle de Louis, mais évoque également sa jeunesse et ses études.

Le livre nous place ainsi au cœur du combat entre les réseaux informatiques et les réseaux télécoms des années 70-90, finalement remporté par les premiers. C’est de ce passé que provient l’insistance maniaque de certains informaticiens l’ayant vécu à parler de réseau informatique plutôt que de réseau de télécommunications.

Le lecteur est plongé dans les affres de la SIMCA, de la société Bull, du Plan Calcul, de l’IRIA (aujourd’hui INRIA), du CNET, et d’un certain nombre d’entités moins connues. La société Bull, notamment, a longtemps défrayé la chronique en France avec ses tentatives pas toujours couronnées de succès (euphémisme) pour populariser sa gamme de machines face à ses gros concurrents états-uniens.

À travers les citations des anciens de Cyclades, le livre évoque aussi une partie des carrières de ces derniers. Ainsi, deux d’entre eux, Michel Gien et Hubert Zimmermann, ont travaillé chez Chorus Systèmes, bien connue dans les années 1990.

On découvre également de l’intérieur l’ambivalence, encore actuelle, d’un état français se voulant stratège, prêt à financer des projets de pointe, mais esclave d’alternances politiques et de raisonnements administrativo-politiques qui ne favorisent pas les meilleurs résultats à long terme, voire produisent des gâchis purs et simples.

L’époque MIT

Après un début de carrière en France, Louis Pouzin a passé une année au MIT, travaillant sur un système d’exploitation bien connu de l’époque : Multics.

Multics fut un des premiers systèmes à “temps partagé” (timesharing) : plusieurs utilisateurs peuvent utiliser simultanément l’ordinateur, et travailler comme s’ils avaient l’ordinateur à eux seuls. Le temps partagé permet un meilleur partage des ressources informatiques, et un travail plus facile. Cela semble très banal aujourd’hui, mais auparavant, les travaux informatiques étaient réalisés par lot : chacun mettait sa tâche dans une file d’attente (souvent, un bac de cartes perforées). Les travaux étaient traités séparément, un par un. Il fallait donc attendre son tour pour voir son travail traité, puis attendre le résultat de celui-ci, le tout pouvant prendre des heures ou des jours. On n’imagine pas le développement agile dans ces conditions…

Là, Louis invente le shell : l’interpréteur de commandes, un élément encore aujourd’hui central dans tous les systèmes.

Le livre évoque cette période, ainsi que, au retour en France, l’évangélisation à travers l’Europe, pour Bull, des clients de la société au timesharing.

Les prémisses de Cyclades : les communications informatiques des années 1970

Dans les années 1970, chaque constructeur informatique avait sa propre gamme, de l’unité centrale aux périphériques, quasi totalement incompatible avec celle de la concurrence. Même les formats de données texte n’étaient pas unifiés, l’ASCII se battant avec l’EBCDIC.

Pour faire communiquer deux ordinateurs sur une longue distance, on utilisait des modems et une ligne téléphonique classique, avec un ordinateur à chaque extrémité, comme pour deux correspondants humains. Ce fonctionnement était défendable pour une utilisation humaine, mais d’une inefficacité catastrophique pour relier des machines.

Tout était donc à créer : l’architecture des réseaux, mais aussi les protocoles d’échange indépendants des architectures de machines.

Cyclades, Arpanet et RCP

Une série de recherches et d’expérimentations ont donc lieu dès la fin des années 1960, essentiellement dans les pays occidentaux, pour réaliser les premiers réseaux informatiques. Ces programmes de recherche ont donné naissance, notamment, à Arpanet, le prédécesseur états-unien d’Internet, mais aussi, côté français, à Cyclades. Il s’agit, à l’époque, d’interconnecter les rares et gros ordinateurs entre eux, et d’en donner accès à distance aux utilisateurs, pour mutualiser les ressources.

Cette période de Cyclades est la plus passionnante et représente presque la moitié du livre.

Le livre couvre en détail la genèse du projet, au sein du Plan Calcul, la constitution de l’équipe — une belle bande de geeks ne comptant pas leurs heures et leurs voyages d’évangélisation, reliés par la passion –, les échanges internationaux nombreux, notamment avec les états-unis, les conférences, les aléas politiques, la reconnaissance des idées et des réussites propres à Cyclades, mais aussi la concurrence avec RCP, le projet monté par le CNET.

Cette partie s’appuie largement sur les travaux de Valérie Schafer et Pierre Mounier-Kuhn sur les débuts de Cyclades et de l’lnternet, qui nous détaillent le processus d’apparition des concepts, attributions et partages, de publication de papiers en reprise par d’autres équipes.

Les divergences principales entre Cyclades et RCP tournent autour de la notion de “paquet”. Dans Cyclades il est transmis tel quel (on finira par l’appeler “datagramme”) ; dans les réseaux d’inspiration télécom, on préfère l’enrober dans un “circuit virtuel”, imitant le fonctionnement du réseau téléphonique (on retrouve la même divergence de culture aux USA, aux débuts d’Arpanet, avec les ingénieurs d’ATT prenant de haut les informaticiens de BBN sur la façon de construire un réseau).

Ce choix du datagramme contre le circuit virtuel a de larges ramifications : le circuit virtuel complique le réseau, le rend moins résilient aux redémarrages d’équipements. Il complique également les interconnexions entre réseaux.

Le livre décrit les tensions entre les équipes Cyclades et RCP, les interventions de la hiérarchie pour faire taire les vilains petits canards, la tentative de fusion des projets, et la décision politique, à l’élection de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, de ne poursuivre qu’un seul projet.

Le succès de RCP, X.25, Transpac et le Minitel

C’est RCP, projet issu de l’administration des télécoms, qui, soutenu politiquement, donnera naissance à Transpac (et, en partie, au standard X.25).

Transpac sera, entre autres, utilisé comme support pour le Minitel, et sa première révolution pour l’utilisateur sera la possibilité de communiquer numériquement à travers son propre pays à un tarif indépendant de la distance.

X.25 sera handicapé par son architecture, et en pratique les échanges internationaux fondés sur celui-ci resteront marginaux, éradiqués par un Internet naissant au fonctionnement et tarification plus simples (l’ATM, lui aussi fondé sur les circuits virtuels, qui devait prendre la relève de X.25, connaîtra le même sort funeste, pour des raisons similaires).

Selon Bernard Nivelet, ancien responsable du centre de calcul de l’IRIA, cité dans le livre, “l’attitude de la DGT nous a fait perdre environ 15 ans de maîtrise industrielle”.

Cyclades et TCP/IP

Aux USA, dès 1972-1973, un certain Vinton Cerf qui travaille à la conception de TCP/IP avec Robert Kahn, a compris l’intérêt du travail réalisé sur Cyclades, et s’en inspire.

D’après le livre, c’est dans TCP version 2 (à l’époque, IP et TCP sont traités séparément) que ces idées seront intégrées. Outre l’idée du datagramme, dont Cyclades a été le premier à montrer la faisabilité en réel, TCP/IP reprendra l’idée de fenêtre glissante (qui permet d’adapter la vitesse de transmission à la capacité du réseau), mais aussi les idées sur l’interconnexion des réseaux (le catenet dans les papiers Cyclades, terme repris tel quel dans l’IEN-48 de Vint Cerf en 1978, qui cite Louis Pouzin dès l’introduction).

À leur tour, ces concepts faciliteront la transition “douce” d’Arpanet de son protocole historique vers TCP/IP version 4, par morceaux, en 1983, avant de continuer sa croissance en agrégeant de nouveaux réseaux, aboutissant à l’Internet que nous connaissons.

“Ce sont les américains qui ont sauvé le datagramme”, expose Louis Pouzin. Mais dans Cigale (le réseau physique de Cyclades), “on avait défini que l’adresse destinataire n’était pas un point fixe, hardware (une adresse IP), mais une adresse virtuelle, dans les ordinateurs des utilisateurs”.

Il faut saluer la transparence du livre, qui permet aux anciens de l’équipe Cyclades de rappeler que beaucoup des idées du projet proviennent d’un travail collectif, et s’émeuvent que les projecteurs aient été beaucoup placés sur Louis Pouzin.

L’après Cyclades

La fin du livre évoque les aventures plus récentes de Louis Pouzin : les rencontres d’Autrans, le SMSI, le FGI, RINA, l’internationalisation de l’Internet, et les alternate roots (les racines DNS ne dépendant pas de l’autorité ICANN, sujet controversé qu’il serait trop long de développer ici). Le livre est écrit là sur un ton plus militant,  pas toujours facile à suivre, citant quelques anecdotes croustillantes de clashs, notamment entre Louis et les représentants de l’ICANN. On y note une coquille répétée surprenante quoique classique, l'”IUT” pour évoquer l’UIT (ITU en anglais). On y apprend aussi que Louis Pouzin est fan du langage Perl !

Pour terminer sur une note plus personnelle, j’ai eu l’occasion de croiser Louis Pouzin à différentes occasions, la première fois lorsque je travaillais au centre de calcul de l’ENST (école nationale supérieure des télécommunications, maintenant Télécom ParisTech), rue Barrault à Paris. On peut aussi croiser Louis, qui s’intéresse à tout ce qui peut concerner un geek, lors de sessions du FGI comme lors de conférences sur Bitcoin, et il manifeste toujours avec le sourire la même gouaille et la même ardeur à refaire le monde 🙂

Le centre de calcul de l’ENST a été relié à Cyclades, comme l’évoque le livre, par l’un des anciens de l’équipe. À l’époque où j’y ai travaillé, les traces de Cyclades avaient disparu depuis longtemps. Il y aurait également eu une époque où l’école avait été reliée “de force” à RCP pendant sa phase expérimentale. Seul subsistait, au début des années 2000, un lien X.25 utilisé pour le serveur Minitel des résultats du concours Mines-Ponts.

Depuis, le centre de calcul lui même a été déplacé et les locaux totalement reconstruits, lors du désamiantage du bâtiment dans les années 2000.

La première fois que j’ai eu accès à un papier sur Cyclades, Presentation and major design aspects of the CYCLADES computer network, j’ai été frappé par la similarité entre la structure de Cyclades et celle de l’Internet :

CYCLADES uses a packet-switching sub-network, which is a transparent message carrier, completely independent of host-host conventions. While in many ways similar to ARPANET, it presents some distinctive differences in address and message handling, intended to facilitate interconnection with other networks. In particular, addresses can have variable formats, and messages are not delivered in sequence, so that they can flow out of the network through several gates toward an outside target.

Traduction : CYCLADES utilise un sous-réseau à commutation de paquets, qui est un transport transparent de messages, complètement indépendant des conventions hôte-hôte. Bien qu’à de nombreux égards similaire à ARPANET, il présente des différences notables dans la gestion des adresses et des messages, destinées à faciliter l’interconnexion avec d’autres réseaux. En particulier, les adresses peuvent avoir des formats variés, et les messages ne sont pas délivrés en séquence, afin de pouvoir sortir du réseau à travers plusieurs portes vers une cible extérieure)

Ce papier sur Cyclades n’est malheureusement pas disponible librement (on retrouve les problèmes actuels liés à la diffusion des papiers de recherche, un système passant par les fourches caudines des éditeurs de recherche, rendu caduc par Internet). Il date de janvier 1973, pour des concepts qui n’ont été réellement déployés qu’à partir de 1982-1983 dans l’Internet.

Louis Pouzin explique même dans le livre que TCP/IP ne va pas jusqu’au bout des idées de Cyclades sur l’adressage, qui étaient (de ce que j’en ai compris) destinées à permettre l’interconnexion de réseaux hétérogènes.

C’est là que s’arrêtent la plupart des travaux récents que j’ai pu lire sur ces sujets : on aimerait des détails plus techniques sur les fondamentaux de Cyclades, et notamment son format de paquet et ses protocoles élémentaires, que je n’ai réussi à retrouver nulle part à ce jour.

Un livre relatant l’histoire du côté RCP apporterait peut-être, également, un éclairage intéressant sur cette période.

En conclusion, je recommande vivement la lecture de ce livre à ceux qui veulent en savoir plus sur Louis Pouzin, mais aussi lire de belles histoires de geeks passionnés sur le réseau Cyclades, les avatars du Plan Calcul, le tout dans un contexte où l’informatique naissante était très différente de l’environnement que nous connaissons aujourd’hui, mais qui a littéralement construit les réseaux que nous utilisons maintenant quotidiennement.

Complément

On lira également avec intérêt la fiche de lecture de Laurent Bloch sur son blog, qui entre dans des explications détaillées sur le datagramme, la fenêtre glissante, ainsi que le modèle OSI, une autre contribution essentielle, dont je n’ai pas parlé ici.

Deux articles de Fabien Soyez sur Louis Pouzin, “à la base du livre” pour le citer : Louis Pouzin n’a pas inventé Internet, mais sans lui, il n’y aurait pas d’Internet partie 1 et partie 2.

Commentaire intéressant de Chantal Lebrument (co auteure), sur twitter :

Avoir trouvé un éditeur qui accepte ce livre a pris 2ans, tous ont refusé… donc bien contente qu’une maison d’édition de qualité ait décidé de porter ce projet.

 

On peut trouver le livre en ligne notamment chez :

 

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500 000 doublons sur les listes électorales françaises ; pas grave

[Ce billet étant en grande partie déductif (voire spéculatif), veuillez lire un conditionnel implicite dans tout ce que j’affirme ci-dessous ;  je suis ouvert à toute correction technique sur des erreurs que j’aurais pu éventuellement commettre sur le processus électoral]

Vous n’en avez peut-être pas entendu parler, comme moi, qui l’ai découvert par hasard hier. Je vous invite à commencer par lire cet article du Monde datant du 13 avril 2017. L’article est rempli de petits détails qui comptent :

Vote en 2017 : quelque 500 000 électeurs sont inscrits deux fois sur les listes électorales

500 000 électeurs français environ sont inscrits sur 2 listes électorales, en général suite à déménagement : une fois à leur nouvelle adresse, et une fois à leur ancienne adresse.

Lors d’un déménagement, l’électeur s’inscrit à la mairie, et c’est l’administration, plutôt que l’électeur, qui s’occupe des formalités de radiation à l’ancienne adresse. L’article explique le processus : la nouvelle mairie remonte l’information d’inscription à l’INSEE, qui se charge de transmettre une demande de radiation à l’ancienne mairie.

Or, le processus semble ne pas fonctionner correctement : les radiations ne sont pas toutes actées, pour des raisons obscures. Les mairies accusent l’INSEE, qui assure que de son côté tout est exécuté dans les règles. Le tout circule par… la poste.

Il existe donc à ce jour 500 000 radiations qui n’ont pas été effectuées et qui correspondent à autant de doublons dans les listes.

Et c’est là que la situation, déjà préoccupante en elle-même, devient de plus en plus ubuesque.

Le ministère de l’intérieur, chargé de l’organisation du scrutin et d’assurer sa “sincérité”,  semble tout simplement n’avoir aucune intention de changer quoi que ce soit avant le premier tour du 23 avril (je n’ai trouvé aucun communiqué officiel sur la question).

Si on creuse un peu (il suffit en fait de lire attentivement l’article qui précède), on s’aperçoit que le problème ne date pas de 2017. En 2012 déjà, 400 000 électeurs étaient inscrits en double.

Si on suppose que le volume d’erreur est resté relativement fixe et qu’on extrapole la période 2012-2017 au passé, on peut calculer qu’à raison d’environ 100 000 doublons supplémentaires par période de 5 ans, le problème date d’environ 25 ans, donc remonte à 1992 approximativement, et est connu de l’administration depuis au moins 5 ans — version optimiste ; au pire, 25 ans — plutôt que 2 semaines, et persiste néanmoins aujourd’hui.

Que faudrait-il faire pour y mettre fin ? C’est difficile à dire, car les détails qui filtrent sont rares ; et on nous assure que le problème est très complexe. Apparemment l’INSEE dispose d’une liste nationale (puisque c’est lui qui sait à qui communiquer les radiations), et les mairies disposent évidemment chacune des listes électorales locales, bureau par bureau (puisqu’elles réalisent les inscriptions et radiations).

Il serait possible (mais cela serait étonnant) que l’INSEE ne garde tout simplement pas trace des notifications de radiations proprement dites. Il est néanmoins très probable que l’INSEE conserve un historique des versions successives (au moins sur les années récentes ; peut-être pas sur les années plus anciennes, s’il existe des lois interdisant la conservation longue de ces données de nature très personnelle) du fichier national, dont il est facile de déduire la liste des radiations.

Quelques petites informations supplémentaires sur la procédure sont données dans les interviews de cette vidéo de LCI :

Présidentielle 2017 : 500 000 électeurs inscrits en double, le ministre de l’Intérieur sommé de “faire son boulot” pour éviter des fraudes

Le responsable électoral de la mairie de Paris 17e décrit rapidement ce que j’ai exposé plus haut.

On y entend également un avocat spécialisé en droit électoral nous expliquer que 500 000 doublons correspondent à environ 1% du corps électoral, soit 1% indûment compté en abstention ; ce qui selon lui ne serait pas très grave. Pour un premier tour de présidentielle, c’est relativement exact (hors tentatives d’exégèse du taux d’abstention) ; pour les législatives, où les candidats de second tour doivent obtenir au moins 12,5% des inscrits, cela peut changer significativement les choses.

La raison citée par la place Beauvau pour minimiser la gravité de la situation, et excuser l’absence de mesure avant le 23 avril, est que, de toute façon, la loi punit sévèrement le fait de voter en double : de 6 à 24 mois d’emprisonnement et jusqu’à 15 000 euros d’amende.

Or, retrouver les contrevenants semble quasiment impossible dans le cas général : en effet, pour cela il faudrait, d’abord, effectuer le dédoublonnage — opération dont on nous dit qu’elle est difficile, ce que semble confirmer le fait qu’elle n’ait pas été réalisée depuis 5 ans –, et, en plus, croiser le résultat avec les listes d’émargement bureau par bureau. Les listes d’émargement étant tenues de manière manuelle, puisque c’est la signature du votant qui y atteste de son vote, leur vérification a posteriori ne peut être également que manuelle.

Le plus triste à mon sens est que cette situation touchant un des éléments les plus essentiels de notre démocratie perdure depuis au moins 5 ans et soit minimisée voire ignorée par l’administration dans la plus parfaite opacité.

PS : pendant que ces trous béants persistent, les pouvoirs publics communiquent avec conviction sur les efforts déployés pour sécuriser nos élections contre les attaques informatiques provenant de puissances étrangères hostiles.

Ajout du 23 avril 2017 : on me fait remarquer dans les commentaires que la poste est supposée ne pas réexpédier les cartes d’électeur, et on me dit sur twitter que cela figure même sur l’enveloppe, ce que je n’avais pas remarqué. En effet.

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Sécurité des serveurs web avec TLS, petite toilette d’automne 2016

Résumé pour gens très pressés : ce n’est pas si difficile que cela en a l’air.

Résumé pour gens pressés : même sans être un gourou de la cryptographie, il est possible de sécuriser son site au niveau approximatif de l’état de l’art (du moment — ce n’est jamais une tâche définitive) en s’appuyant sur des sites de recommandations réalisés par des spécialistes.

Après avoir passé quelques heures à peaufiner ma configuration, je pense utile de partager ce que j’ai appris pour dispenser autour de moi un peu de bonheur artificiel par l’entremise de la sécurité cryptographique.

L. Hirlimann (@lhirlimann) m’a récemment orienté sur un excellent site de la fondation Mozilla, observatory.mozilla.org,  qui permet de vérifier la configuration sécurité basique de votre site web, à commencer par l’aujourd’hui indispensable TLS, et mutualise également (par défaut, mais c’est débrayable) les résultats des non moins excellents :

1. TLS, les algorithmes cryptographiques

Au-delà de ses origines mathématiques, la cryptographie est une affaire de paranoïaques qui n’ont pas tous exactement le même avis sur ce qui est casher ou pas à un instant donné.  Les audits rapides réalisés par les sites qui précèdent vous en convaincront rapidement.

Ainsi, après quelques premières modifications rapides sur ma configuration TLS, SSL Labs attribuait un A+ à ce site, alors que tls.imirhil.fr l’affublait d’un catastrophique F sous prétexte que l’algorithme DES n’était pas désactivé.

Bien entendu, cela évolue aussi au fil du temps, qui fait qu’un algorithme donné va passer en quelques petites décennies à peine du statut de “sûr” à celui de “passoire”, que ce soit par l’évolution des performances brutes ou par celles de la recherche en attaques cryptographiques.

Par ailleurs, vous aurez éventuellement également le plaisir de vous faire rappeler à l’ordre par ces analyses si votre implémentation TLS comporte des trous de sécurité connus. J’ai découvert qu’il est assez facile de se faire avoir, même avec un système d’exploitation que l’on pensait à jour.

Les “suites” cryptographiques recommandées varient au fil des sites spécialistes que l’on consulte.

Voici, pour ne pas vous faire languir, celle que j’ai concoctée pour satisfaire les sites cités (!) ci-dessus, et qui est certainement sujette à commentaires et critiques (attention, c’est supposé tenir sur une ligne sans retour) :

EECDH+AESGCM:EDH+AESGCM:AES256+EECDH:ECDHE-RSA-AES128-SHA:DHE-RSA
-AES128-GCM-SHA256:AES256+EDH:ECDHE-RSA-AES256-GCM-SHA384:ECDHE-RSA-AES128-GCM-S
HA256:DHE-RSA-AES256-GCM-SHA384:ECDHE-RSA-AES256-SHA384:ECDHE-RSA-AES128-SHA256:
ECDHE-RSA-AES256-SHA:DHE-RSA-AES256-SHA256:DHE-RSA-AES128-SHA256:DHE-RSA-AES256-
SHA:DHE-RSA-AES128-SHA:AES256-GCM-SHA384:AES128-GCM-SHA256:AES256-SHA256:AES128-
SHA256:AES256-SHA:AES128-SHA:HIGH:!aNULL:!eNULL:!EXPORT:!DES:!3DES:!MD5:!PSK:!RC4

N’allez surtout pas croire que j’ai construit ni même analysé en détail ce qui précède : la liste provient à l’origine de https://www.digicert.com/ssl-support/ssl-enabling-perfect-forward-secrecy.htm dont l’objet est d’expliquer la configuration d’un serveur web pour éviter qu’un vol de clé privée permette le déchiffrement a posteriori des communications, une mesure à prendre suite aux révélations de l’affaire Snowden sur les capacités de la NSA, et suite également à l’affaire Lavabit.

J’ai simplement amendé la liste pour y ajouter !DES:!3DES: pour évacuer ce vieil algorithme des choix et passer chez tls.imirhil.fr d’un catastrophique F à un passable B.

Si comme moi vous utilisez Apache, cette liste est à placer dans la directive SSLCipherSuite.

Problème : l’incantation qui précède est difficile à comprendre, et donc à modifier, si on n’a pas lu la documentation. En particulier il ne suffit pas d’ajouter !DES pour se débarrasser également de 3DES. Ce n’est pas facile à découvrir rapidement en passant par les sites ci-dessus, qui pour éviter d’être surchargés ne permettent pas des accès trop fréquents (limite à 5 minutes au mieux).

J’ai donc découvert également l’excellente (tout le monde est excellent ici, vous l’aurez compris) commande :

openssl ciphers "la chaîne"

et son avatar plus bavard :

openssl ciphers -v "la chaîne"

qui permettent de tester la chaîne immédiatement en local pour voir ce qu’elle produit sans avoir à attendre la réponse d’un serveur situé à l’autre bout de la planète.

2. Sécurité “web” :  contenu et entêtes

Ce qui précède ne concerne que la partie TLS, c’est-à-dire la couche de chiffrement.

C’est ensuite que observatory.mozilla.org prend tout son sens, en complétant l’expertise cryptographique avec l’expertise web des auteurs de Firefox par le tableau suivant (exemple pour ce site au jour de la publication de ce billet) :mozJe ne vais pas entrer dans les détails ; chaque point correspond à des catégories particulières d’attaques plus ou moins pertinentes pour chaque site, et comme vous pouvez le voir je n’ai pas encore débloqué tous les trophées. On y trouve des recommandations sur :

  • HSTS (Host Strict Transport Security), permettant au site de s’engager vis-à-vis du navigateur sur la disponibilité de https.
  • Subresource Integrity, pour valider les contenus inclus (en particulier scripts) stockés sur des serveurs tiers ;
  • X-Content-Type-Options, pour interdire au navigateur d’interpréter n’importe quoi (par exemple une supposée image téléchargée par un attaquant) comme un script ;
  • X-Frame-Options, pour bloquer des attaques par détournement de clics (clickjacking) ;
  • les redirections diverses afin d’amener l’utilisateur à un site https même dans le cas où il ne s’y est pas dirigé lui-même initialement ;
  • etc

observatory.mozilla.org vous donne par les liens bleus (dont j’ai recopié certains ci-dessus) toutes les explications détaillées sur les possibilités et le sens de chaque option de configuration.

Sous Apache, cela se configure comme ci-dessous, à condition d’avoir chargé le module mod_headers.

Attention : les options pour mon site ne sont certainement pas exactement celles dont vous aurez besoin ; en particulier vous pouvez facilement vous tirer une petite balle dans le pied et vous retrouver avec Javascript désactivé sur certaines fonctions essentielles. Ce fut mon cas, ce qui m’a fait perdre temporairement l’éditeur Wysiwyg de WordPress, et le problème est encore potentiellement présent dans l’exemple qui suit.

Attention également aux sauts de ligne si vous recopiez.

  # HSTS 366 days
Header set Strict-Transport-Security "max-age=31622400"
# Prevent browsers from incorrectly detecting non-scripts as scripts
Header set X-Content-Type-Options: nosniff
# Block site from being framed
Header set X-Frame-Options "DENY"
# Do the same thing, but with Content Security Policy
# +Disable unsafe inline/eval, only allow loading of resources
# (images, fonts, scripts, etc.) over https (recommended)
Header set Content-Security-Policy "default-src https:; frame-ancestors 'none'"
# Block pages from loading when they detect reflected XSS attacks
Header set X-XSS-Protection "1; mode=block"

Ces recommandations permettent d’élucider le comportement souvent mystérieux des navigateurs en ce qui concerne le contenu sécurisé, dans le but de comprendre comment passer du cadenas https “avec avertissement” c0 au cadenas “vert”c1.

Je n’ai pas encore tout à fait réussi en ce qui concerne la page https://signal.eu.org/osm/, malgré la mise en œuvre de Subresource Integrity.

3. Les cookies

Pour les cookies, c’est encore différent, cela dépend de l’environnement (framework) web que vous utilisez. Concernant WordPress je n’ai pas encore trouvé si/où cela se gérait, pour Django voici ce que j’ai configuré dans le fichiers settings.py :

LANGUAGE_COOKIE_AGE=1209600
CSRF_COOKIE_HTTPONLY=True
CSRF_COOKIE_SECURE=True
SESSION_COOKIE_AGE=1209600
SESSION_COOKIE_HTTPONLY=True
SESSION_COOKIE_SECURE=True

4. One more thing

Enfin, vous pouvez aussi pour tout cela vous faire assister par un autre site proposé par la fondation Mozilla, le générateur de configuration pour serveur web, qui vous conseillera sur la configuration de l’agrafage (stapling) OCSP et certains des points qui précèdent :

https://mozilla.github.io/server-side-tls/ssl-config-generator/

 

 

Nul doute qu’il y a des précisions ou corrections à apporter à ce qui précède, si vous le jugez utile n’hésitez pas ci-dessous.

Mise à jour : @_eric_quinton me signale gentiment sur twitter ce document de l’ANSSI :  Le nouveau (juillet 2016) C’est très complet mais très technique, et cela mixe recommandations à destination des administrateurs de site comme à destination des développeurs de suites crypto, ce qui complique la lecture.

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Professions de foi et bulletins, élections régionales 2015, Île de France

Comme pour les élections européennes, voici le PDF des professions de foi reçues par la poste hier (27 novembre 2015). Le PDF inclut les papiers dans l’ordre exact à leur réception. Il y avait deux paquets séparés dans l’enveloppe, l’un commençant par les papiers de Lutte Ouvrière, l’autre commençant par ceux du FN.

Toutes les listes candidates ne sont pas dans les papiers reçus, il manque :

  • Fédération libertaire unitaire ouverte (FLUO), liée d’après son affiche, entre autres, au “Parti pirate”
  • Liste d’union citoyenne
  • Nous Citoyens (NC)
  • Parti libéral démocrate (PLD) – Génération Citoyens (GC)
  • Union des démocrates musulmans français (UDMF)
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EU.org, les métadonnées et la loi renseignement

Après avoir écrit ce billet sur la surveillance de masse comparée aux écoutes téléphoniques classiques, je ressens la nécessité de revenir en détail sur le communiqué de eu.org, en particulier l’extrait ci-dessous sur ses motifs :

En effet, cette loi — dont le texte doit encore être voté définitivement à l’assemblée le 5 mai 2015, puis au sénat — instaure une surveillance légale systématique du trafic Internet par les services de renseignement français, dans des conditions d’opacité complète, sous la seule responsabilité de l’exécutif, sans contre-pouvoir.

Ce trafic inclut notamment des requêtes de résolution DNS des utilisateurs accédant aux 28 000 domaines délégués par Eu.org.

Eu.org ne peut moralement laisser en toute connaissance de cause le trafic de ses utilisateurs — incluant des sites d’activisme politique dans le monde entier — et, par ricochet, le trafic d’accès de leurs propres utilisateurs, exposé à de telles écoutes.

Ces éléments méritent d’être développés car ils ne touchent pas tout à fait aux mêmes sujets que l’hébergement web proprement dit. Ils concernent :

  • le trafic DNS, et la question de son chiffrement
  • les méta-données
  • la localisation des serveurs EU.org

Elles sont au cœur du projet de loi sur le renseignement.

Sur le trafic DNS

Tout accès à un site web commence par une résolution DNS depuis l’ordinateur du demandeur. Celui-ci demande, en général au serveur DNS du fournisseur d’accès, l’adresse IP (la seule utilisable pour effectuer la connexion) du nom de site désiré, ici par exemple signal.eu.org.

Sur Internet vont circuler des paquets contenant cette demande. D’abord de l’ordinateur initial au serveur DNS du fournisseur puis, si celui-ci ne connaît pas la réponse, du fournisseur aux serveurs de .ORG pour obtenir les adresses des serveurs EU.ORG, puis du fournisseur aux serveurs de EU.ORG pour y récupérer l’adresse de SIGNAL.EU.ORG.

Les réponses suivent le même chemin, en sens inverse.

Ce trafic circule “en clair”, que le site web finalement accédé soit protégé ou pas par du chiffrement, et est donc susceptible de révéler cette tentative d’accès à toute écoute en chemin.

Il n’existe actuellement aucun moyen de chiffrer le trafic DNS de résolution : les serveurs DNS “faisant autorité” (détenant les informations utiles) ne peuvent recevoir et répondre qu’en clair. Des travaux à l’IETF (l’organisation qui travaille à l’évolution des protocoles Internet) sont en cours pour résoudre ce problème.

Ce trafic est donc vulnérable à toute écoute et révèle des informations sur les accès à tel ou tel site, ou l’envoi de mail à tel ou tel serveur, etc. Dans le cas de EU.org, 28 000 domaines sont ainsi concernés, et un nombre inconnu mais probablement beaucoup plus élevé d’utilisateurs accédant à ces sites.

J’aurais pu développer ici également une réflexion sur les résolveurs DNS “personnels” par opposition à ceux du fournisseur, par rapport à la volonté affichée du ministère de l’Intérieur d’identifier les comportements “déviants” comme l’utilisation de chiffrement, de Tor ou de VPN, mais cela rendrait cet article trop long.

Sur les méta-données

Les méta-données sont les données techniques nécessaires à l’acheminement d’une communication.

Dans le réseau téléphonique il s’agit en particulier des numéros de l’appelant et de l’appelé.

Pour un routeur Internet ce sont les adresses IP origine et destination.

Pour un serveur d’application, ce sont les adresses IP, les numéros de port (qui permettent de savoir si la communication est un envoi de message ou un accès web) et le protocole.

Pour un site web cela peut être le nom du serveur, certaines informations sur le navigateur, le type de document consulté (texte, image), etc.

Et le trafic DNS ? Pour le routeur Internet il s’agit d’une donnée. Pour un serveur DNS, il s’agit en partie de méta-données, en partie de données. Pour le site web, il s’agit d’une méta-donnée.

Et pour le fournisseur d’accès ? Bonne question, la réponse n’est pas simple car le fournisseur d’accès gère à la fois des routeurs et des serveurs DNS de résolution.

La loi renseignement et les méta-données

Que dit la loi renseignement ? Dans son texte, rien. Elle ne parle que de données et de données de connexion. Mais ses promoteurs ont plusieurs fois affirmé, pour nous rassurer, que seules les méta-données étaient concernées.

Mais lesquelles ? Comme on l’a vu ci-dessus, la question est très floue puisque la réponse n’est pas la même suivant les équipements ou intervenants à qui on s’adresse.

Et, par ailleurs, pour reprendre un exemple très parlant, si quelqu’un sait que j’ai appelé le numéro d’un centre d’analyses médicales, puis un numéro vert d’information sur le SIDA, puis mon médecin, puis ma mutuelle, il peut avoir une idée suffisante du contenu de mes conversations sans pour autant y avoir accès.

La localisation des serveurs EU.org

Le trafic EU.org circulant en France sera donc sujet à écoute systématique et contient, comme on l’a vu, des informations sur des usages dont certains peuvent être sensibles.

Le chiffrement du trafic DNS de EU.org est actuellement impossible, et cela restera le cas à moyen terme. Même lors du déploiement des protocoles de chiffrement du DNS, leur usage ne sera pas systématique avant des années, voire jamais, comme le montrent l’exemple du web avec https, et celui du courrier électronique…

Par ailleurs, le chiffrement du trafic DNS, comme celui des sites web ou du courrier électronique, ne cacherait pas les méta-données d’acheminement du trafic.

La seule autre solution, celle choisie, est de déplacer les serveurs DNS EU.org dans des pays ne pratiquant pas l’écoute systématique légale.

Cette solution est très imparfaite : le trafic de résolution depuis des utilisateurs situés en France, ou vers des serveurs DNS situés en France, sera toujours sujet à écoute. De même, du trafic transitant par la France (peut-être entre Espagne et Allemagne, ou Royaume-Uni et Tunisie, ou d’autres pays, au gré des variations du routage d’Internet) risquera également d’être écouté.

Néanmoins, le trafic ainsi concerné sera évidemment beaucoup plus réduit que si  les serveurs DNS de EU.org sont situés en France.

Les spécificités de la loi renseignement française

La plupart des pays démocratiques pratiquent des écoutes, mais ce sont généralement des écoutes légales ciblées, sur le modèle déjà évoqué des écoutes téléphoniques, et encadrées par une décision judiciaire préalable.

En aucun cas — dans les pays démocratiques — il ne s’agit, comme le gouvernement souhaite le faire en France, d’écoutes légales et sans autorisation judiciaire a priori et systématiques (en masse), et même destinées à détecter des comportements parfaitement légaux mais “déviants”.

Je parle bien ici de la loi et non des décrets et mises en œuvre techniques, qui promettent à ce jour un cadre plus restreint que ne le permettra la loi elle-même, mais ne disent rien de mesures encore plus intrusives qui pourraient être déployées ultérieurement sans nécessité de retour au parlement.

Il peut exister parfois, n’importe où, et comme l’affaire Snowden/NSA l’a montré, des écoutes illégales ou découlant d’une interprétation très extensive de la loi, contre lesquelles il est difficile de se prémunir.

Mais mieux vaut, à mon avis, risquer ce genre d’écoute dans un pays où elles sont explicitement illégales que dans un pays où elles sont explicitement légales.

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Pourquoi la loi renseignement instaure une surveillance de masse

Vous avez sûrement suivi, comme moi, les débats sur la loi renseignement. Et sinon, si vous avez du temps, les vidéos (bittorrent) des débats à l’assemblée sont ici. et ici le texte (en son état actuel, à voter par l’assemblée le 5 mai).

Je voudrais revenir sur un point précis, un parmi de nombreux autres, mais l’un des plus importants.

Bernard Cazeneuve a répété de nombreuses fois que la loi renseignement n’établit pas une surveillance de masse. Il l’a dit à l’assemblée nationale, et également dans des interviews, comme celle-ci à Libération :

http://www.liberation.fr/societe/2015/04/10/parler-de-surveillance-generalisee-est-un-mensonge_1238662

Les mesures proposées ne visent nullement à instaurer une surveillance de masse ; elles cherchent au contraire à cibler les personnes qu’il faut suivre pour mieux protéger les Français. […] Parler de surveillance généralisée est un mensonge ! […] Les groupes ou les individus engagés dans des opérations terroristes ont des comportements numériques caractéristiques. C’est pour détecter leurs complices ou leurs pairs que l’algorithme est prévu.

Les passage en gras sont de mon fait, car j’y reviens ci-dessous.

Comment fonctionne une écoute téléphonique classique ?

Comment monte-t-on une écoute téléphonique ? C’est très simple. On cible une personne particulière, on pose une bretelle sur sa ligne, et on écoute ce qui passe. Autrefois c’était une dérivation électrique sur sa ligne ou au central téléphonique, de nos jours c’est une copie numérique indétectable.

Mais l’idée est similaire : 1) on cible, 2) on écoute, 3) on analyse

Comment fonctionne la « boite noire » Internet ?

Incidemment, il est amusant que le nom de « boite noire », qui provient des éléments de langage du ministère lors de la présentation de la loi pour éviter celui moins glorieux de DPI pour deep packet inspection (inspection de paquets), soit dès à présent tellement grillé lui aussi que son origine est attribuée aux opposants.

La boite noire est placée sur les flux réseau, de manière indiscriminée, et observe tout le trafic qui la traverse. Ou bien on a peu de boites noires placées en cœur de réseau, ou bien on en a beaucoup placées moins au cœur ; l’idée est la même, les boites noires doivent observer un maximum de trafic.

Que fait la boite noire ? Bernard Cazeneuve vient de l’expliquer dans l’interview qui précède et dans les nombreux débats.

Il s’agit de l’article L. 851-4 du code de la sécurité intérieure, qui va être créé par cette loi :

« Art. L. 851-4. ­ Pour les seuls besoins de la prévention du terrorisme, le Premier ministre ou l’une des personnes déléguées par lui peut, après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, imposer aux opérateurs et aux personnes mentionnés à l’article L. 851-1, pour une durée de quatre mois renouvelable, la mise en oeuvre sur leurs réseaux d’un dispositif destiné à détecter une menace terroriste sur la base de traitements automatisés des seules informations ou documents mentionnés au même article L. 851-1. Dans le respect du principe de proportionnalité, l’autorisation du Premier ministre précise le champ technique de la mise en oeuvre de ces traitements. Cette dernière ne permet de procéder ni à l’identification des personnes auxquelles ces informations ou documents se rapportent, ni au recueil d’autres données que celles qui répondent aux critères de conception des traitements automatisés. Les conditions prévues à l’article L. 861-3 sont applicables aux opérations matérielles effectuées pour cette mise en oeuvre par les opérateurs et les personnes mentionnés à l’article L. 851-1. L’article L. 821-5 n’est pas applicable à cette technique de renseignement.

« Si une telle menace est ainsi révélée, le Premier ministre ou l’une des personnes déléguées par lui peut décider, après avis de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement dans les conditions prévues au chapitre Ier du titre II du présent livre, de procéder à l’identification des personnes concernées et au recueil des informations ou documents afférents. Leur exploitation s’effectue alors dans les conditions prévues au chapitre II du même titre.

« La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement émet un avis sur le dispositif et les critères des traitements automatisés mentionnés au premier alinéa du présent article. Elle dispose d’un accès permanent à ceux-ci, est informée de toute modification apportée et peut émettre des recommandations. Lorsqu’elle estime que les suites données à ses avis ou à ses recommandations sont insuffisantes, elle peut faire application de l’article L. 821-6. » ;

La boite noire, donc : 1) écoute l’ensemble du trafic, 2) l’analyse de manière algorithmique, 3) y identifie des cibles potentiellement dangereuses pour analyse manuelle par les services.

Vous voyez la différence ? Les écoutes téléphoniques classiques n’arrivent qu’en milieu ou fin de chaîne, lorsque par d’autres moyens on a identifié un suspect, et que l’on veut obtenir des preuves plus précises contre lui.

La boite noire fait l’inverse, elle est là pour détecter des suspects dans du trafic a priori anodin.

Il s’agit donc bel et bien d’écoute en masse, surveillance généralisée, appelez-le comme vous voulez.

CQFD.

 

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Pourquoi la loi “renseignement” va être votée

Vous vous souvenez peut-être de la loi de programmation militaire ? Ou bien de la loi terrorisme ?

Pour la première, il s’agissait — entres autres — de légaliser les pratiques “alégales” des services de renseignement. On peut dire aussi illégales, mais le terme est moins porteur médiatiquement. Il faut savoir que les services de renseignement n’attendent pas forcément l’évolution de la loi pour exploiter au maximum les avancées technologiques, et qu’il est bien pratique de se passer d’un juge pour cela afin d’être plus rapide.

Pour la seconde, il s’agissait de déployer un système de censure d’Internet à l’échelle nationale, pour faciliter le travail de la police, et montrer qu’on fait quelque chose contre le terrorisme. Je ne l’invente pas, il s’agit très exactement de l’argumentaire déployé au parlement en réponse à ceux qui mettaient en doute l’efficacité des mesures prévues.

Ces deux lois sont passées, à quelques détails près, telles que le gouvernement et les services administratifs de police les ont écrites.

Vous pensez peut-être que des experts techniques regardent les lois, afin d’en vérifier la pertinence. Et vous avez raison. Les experts, et des instances consultatives indépendantes créées par le gouvernement comme le Conseil National du Numérique, ou la Commission Numérique de l’assemblée nationale, ou des associations indépendantes comme la Quadrature du Net, la fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), la ligue des droits de l’homme (LDH), Reporters sans frontières (RSF), le syndicat de la magistrature, et bien d’autres, ont regardé les mesures techniques et juridiques. Et ils ont tous dit non.

Puis leur avis a été ignoré par les parlementaires.

Comment cela s’est-il passé, et comment cela va-t-il se passer à nouveau ?

D’abord, le gouvernement annonce un grand projet de loi. Les lois de programmation militaire sont un exercice récurrent obligé, les lois terrorisme sont un exercice médiatique destiné à distribuer quelques facilités aux  services de police tout en vendant de la sécurité à l’opinion publique, qui, paraît-il, en réclame, estimant, elle, n’avoir rien à se reprocher (les points injustement perdus avec les radars automatiques ne comptent pas).

Nous allons maintenant avoir droit à la loi sur le renseignement, qui vise à faciliter le travail des services de renseignement. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Sébastien Pietrasanta, dans une interview sur BFM. https://twitter.com/Europe1/status/577791836695212032. Sébastien Pietrasanta a été rapporteur de la loi terrorisme.

Dans cette interview, on vérifie ainsi déjà ce que j’écrivais plus haut sur les lois précédentes :

L’autre évolution majeure de ce texte, c’est davantage de protection des agents pour enquêter. Les agents des services spécialisés ne seront plus exposés à des risques pénaux car pour la première fois en France, le projet vise à offrir un cadre légal général à des activités (…) susceptibles de porter atteinte à la vie privée et au secret des correspondances.

Vous avez bien lu. Les pratiques illégales ne doivent pas être sanctionnées. Il faut, au contraire, couvrir les agents qui sortaient de leurs prérogatives. On appelle cela protéger l’état de droit.

Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret et vice-président de la commission des lois du sénat, et Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois de l’assemblée nationale n’ont, lors des interviews données aux journaux lors des lois précédentes, jamais fait mystère de leurs rencontres régulières et de leurs liens étroits avec les services de renseignement, afin d’en connaître les desiderata à chaque fois qu’il est question de légiférer. [voir ainsi ce portrait de Jean-Jacques Urvoas, rapporteur de la loi renseignement, qui confirme l’affirmation ci-dessus de Sébastian Pietrasanta, et également cet avis chez Authueil:Il est devenu le porte-voix des services de renseignement, alors qu’il est censé en assurer le contrôle politique…”]

Il en sera donc très certainement de même pour la loi renseignement.

La loi va être rédigée par le gouvernement avec l’aide des services de police et de renseignement concernés, qui y mettront ce dont ils ont besoin pour “travailler”, en y joignant l’argumentaire qui devra convaincre les parlementaires du bien fondé des dispositions étudiées, afin qu’ils votent lesdites dispositions.

Ici, petit aparté.

Pour un policier, la procédure lors d’une enquête est parfois lourde, et en particulier lorsqu’elle requiert des autorisations délivrées par un juge dans le souci de protéger les libertés publiques. Le juge est un empêcheur de policer en rond, c’est même une partie de son rôle.

Pour un policier qui veut pouvoir travailler efficacement, et particulièrement dans une administration qui manque d’effectifs ou de moyens, il est intéressant que l’on coupe les coins des procédures, et il est compréhensible sinon normal qu’il demande pour cela l’aide du législateur. A fortiori s’il travaille déjà illégalement sous la procédure “allégée”.

Fin de l’aparté.

Les parlementaires vont voter lesdites dispositions. Oh, bien sûr, la loi ne passera pas tout à fait telle quelle. Il y aura quelques discussions sur des détails, faut-il conserver ceci 6 ou 12 mois, faut-il notifier cela par une lettre recommandée avec accusé de réception ou un simple courrier électronique peut-il tenir lieu de notification.

Des amendements seront déposés par certains députés, et certains seront votés même s’ils n’ont pas été proposés par le gouvernement. C’est la démocratie.

Mais pour l’essentiel, la loi passera.

Pourquoi ?

Parce qu’en matière de police, la majorité (ici le PS) fait ce que lui demande l’administration.

Parce que l’opposition (ici l’UMP) est majoritairement d’accord.

Oh, quelques frondeurs du PS et de l’UMP, une demi-douzaine au maximum, pourront voter contre telle ou telle disposition et exprimer leur mécontentement, qui sera visible sur DirectAN ou DirectSénat et dûment consigné dans les rapports des débats.

Quelques journalistes et associations feront des compte-rendus argumentés et détaillés démontrant les dangers de certains articles. Les spécialistes les liront entre eux, seront d’accord.

Personne ne les écoutera car le sujet est bien trop compliqué, et le résumé de 3 minutes effectué au journal télévisé montrera qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chaton, puisqu’il s’agit d’assurer la tranquillité de notre pays.

Et le reste de la population, estimant n’avoir rien à cacher, ayant confiance quasi-aveugle en l’administration et l’état de droit, et pensant qu’on veut sincèrement la protéger, laissera faire.

C’est beaucoup moins important que de savoir qu’un footballeur a insulté la France, ou que de connaître la facture du bureau d’un patron de radio, ou le gagnant à la voix (pas celle de l’urne).

Il existe donc deux partis de gouvernement qui votent, au choix, des lois de commande de l’administration (le PS), ou des lois de commande des lobbies (au fait, n’oubliez pas d’installer votre détecteur de fumée), ou des lois sécuritaires (l’UMP). Les lobbies ont relativement mauvaise presse en France, parfois leurs demandes peuvent échouer. L’administration jouit encore, en revanche, d’une certaine aura de respectabilité.

Ici, nous avons une loi sécuritaire demandée par l’administration, ce qui lui permet de cumuler les voix PS et UMP. Elle passera, c’est d’ores et déjà une certitude.

Et, au passage, c’est une raison de ne pas faire confiance au PS au pouvoir. Il n’est vaguement bon que dans l’opposition à la droite quand il s’agit de défendre nos libertés : il avait ainsi combattu avec succès, bien que ce soit à la marge, certaines dispositions liberticides qu’il a votées sur demande de l’administration depuis qu’il est arrivé au pouvoir.

Les GAFA et Orwell 2015

La nouvelle loi prévoit — entre autres, mais à quoi bon entrer dans les détails — de forcer Google, Facebook et consorts, voire votre fournisseur d’accès, à collaborer avec les services de renseignement dès qu’il s’agira de fouiner dans votre courrier électronique, vos messages privés, vos traces de connexion, vos sessions chiffrées, etc.

En somme, la différence avec le 1984 d’Orwell, c’est que l’infrastructure de surveillance a été déployée sur fonds privés par des sociétés qui en font un tout autre usage et qui permettent son exploitation et son expansion. Cette infrastructure ne coûte rien du tout à l’état. Il lui suffit de voter quelques articles de loi pour s’y donner accès à des informations dont même Orwell n’avait pas rêvé. Et de préférence, sans juge : pourquoi faire compliqué ?

Cette évolution permet à l’état de limiter les moyens de surveillance qu’il a besoin de déployer lui-même, et d’aller beaucoup plus loin qu’il ne pourrait le faire lui-même.

Ce 1984 amélioré est l’idéal d’efficience technocratique : une administration moderne externalisée mais quasi-omnisciente, dirigée par un état ruiné, utilisant des infrastructures gérées par le privé et largement financées par des revenus civils.

Une loi d’efficacité, votée par des parlementaires qui ne comprennent pas les tenants et les aboutissants des évolutions techniques (voire, pour beaucoup, s’en gargarisent), qui rêvent depuis des années de damer le pion des GAFA qui empiètent de manière humiliante sur la souveraineté nationale, et qui estiment — peut-être à raison — que la sécurité est beaucoup plus vendeuse électoralement à notre époque que la protection de la vie privée ou des libertés.

C’est pour cela que l’évolution semble, malheureusement, inévitable.

Oh, vous pouvez appeler votre député ou votre sénateur. Vous aurez au moins, ainsi, la satisfaction d’avoir fait ce qui était en votre pouvoir pour éviter l’inévitable.

Addendum : et les recours ?

La déclaration universelle des droits de l’homme dispose en son article 12 :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

De même, la convention européenne des droits de l’homme, en son article 8, qui permet cependant des ingérences “prévues par la loi”, n’avait peut-être pas pensé que les services de renseignement pourraient modifier la loi à leur convenance :

  1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.

  2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »

Mais on  peut noter que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, base de la constitution française, ne dispose d’aucun article équivalent.

Le recours devant le conseil constitutionnel

Alors oui, il existe bien une instance chargée de veiller à la constitutionnalité des lois, c’est le conseil constitutionnel. Mais son rôle a été soigneusement verrouillé pour que ce ne soit qu’une arme d’opposition politique.

Je vous invite à en lire ici les modalités de saisine : 60 députés ou 60 sénateurs. Point.

À ce jour, les citoyens ne peuvent donc saisir, ni directement ni indirectement, le Conseil constitutionnel de la constitutionnalité d’une loi avant sa promulgation.

Pensez-vous qu’une loi votée à la quasi-unanimité ait une chance de voir un recours, alors que les lois précédentes n’y ont pas eu droit, malgré la majorité ténue dont dispose le PS ?

Sur la LPM, des députés UMP menés par Laure de la Raudière ont ainsi essayé de recueillir 60 signatures à la fin 2013. Les instances du parti, souhaitant éviter tout recours, ont vite sifflé la fin de la récré, faisant capoter l’initiative.

Il existe, tout de même, introduite en 2008, la question prioritaire de constitutionnalité, qui peut être soulevée à l’occasion d’un procès :

Cette réforme ouvre aux citoyens le droit de contester la constitutionnalité d’une loi promulguée à l’occasion d’un procès.

Et l’Union Européenne ?

L’Union Européenne est capable de mettre des bâtons sérieux dans les roues des initiatives politiques françaises. Cela s’est déjà produit à de nombreuses reprises, pour protéger nos libertés, le consommateur, ou le contribuable, contre certains lobbies locaux.

On comprend donc pourquoi elle est vivement critiquée par notre monde politique pour la perte de souveraineté que cela entraîne.

[Mise à jour du 21/3/2015] Liens pertinents sur le même sujet

Je complèterai au fur et à mesure.

Le projet de loi, qui a été publié bien après qu’il ait circulé chez les happy few (pas vous, pas moi).

Chez Tristan Nitot : Loi Renseignement : un vendredi à Matignon.

Chez Authueil : Le fondement de la confiance.

Chez Rubin Sfadj, sur la séparation des pouvoirs : Qu’est-ce que la démocratie ? (Ou une analyse préliminaire de la loi Renseignement)

L’avis de Georges Moréas, commissaire principal honoraire : un avenir privé de vie privée ?

 

 

 

 

 

 

 

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Censure sans juge d’Internet et délit d’opinion

Vous avez peut-être (mais sans doute pas) entendu parler des lois LOPPSI et Terrorisme (cette dernière votée fin 2014) et de leur décret d’application (sorti en début d’année 2015).

Ces lois permettent à la police, sans intervention d’un juge et sans aucune transparence, de bloquer, avec l’aide de certains fournisseurs d’accès (pour l’instant, seuls les 4 plus gros en France, à savoir Orange, Free, SFR et Bouygues) un site Internet faisant l’apologie du terrorisme.

Pour ne pas accabler le gouvernement, il faut savoir que le PS a combattu le blocage sans juge avec succès lorsqu’il était dans l’opposition, pendant le mandat Sarkozy, avant de le voter quasi unanimement en 2014, avec l’aide du PCF (qui voulait en fait voter contre mais ne s’en est aperçu qu’après).

Le blocage, techniquement parlant, est un blocage DNS, mais cela n’a guère d’importance ici.

Le premier site dont quelqu’un (un journaliste spécialiste du djihadisme, David Thomson) constate publiquement le blocage — puisque tout cela côté administration se fait dans l’opacité la plus totale — est islamic-news.info. C’est un site dont, personnellement, je n’avais jamais entendu parler jusqu’à ce jour. Si vous cliquez sur ce lien, vous allez vous retrouver :

  • ou bien sur une page d’avertissement du ministère de l’Intérieur, si votre FAI est l’un des quatre susnommés et que vous utilisez leurs serveurs DNS ;
  • ou sinon sur rien du tout, le site en question (chez un hébergeur français) ayant été manifestement coupé (on ne sait pas par qui).

Théoriquement, le principe de subsidiarité veut que l’hébergeur ait 24 heures pour couper le site incriminé ; le blocage DNS n’étant supposé être activé qu’à l’issue de ce délai et en l’absence de coupure par l’hébergeur ou l’éditeur. En fait, le blocage DNS n’était théoriquement destiné qu’à censurer sur le territoire français, les sites étrangers, non soumis à la LCEN. On voit donc que le ministère de l’Intérieur a interprété au sens large la loi qui a été votée en l’appliquant à un site hébergé en France.

Les deux blocages ayant été mis en place, rien ne dit que ce délai a été respecté (mais rien ne dit non plus le contraire), en raison de l’opacité des procédures. [mise à jour 16/3/2015] En fait, l’hébergeur affirme ne pas avoir été notifié au préalable. “Pq personne ne nous a notifié LCEN pour fermer le site ? J’apprends ce matin qu’il a été bloqué par le M Intérieur !?”.

Voici la page d’accueil de la police (qui ne fonctionne que si on arrive par un lien “principal” du site bloqué, et pas par un lien interne).

police

Cela dit il est facile de voir la page d’accueil du site (hors images) car celle-ci est encore visible dans le cache Google :

cacheislamicinfo

 

Il s’agit d’un site d’actualités islamiques apparemment assez “engagé”, comme d’autres sites non moins engagés mais sur d’autres sujets, également situés en France.

Le site fait-il vraiment l’apologie du terrorisme ? Difficile à dire, on entre là dans le jugement de valeur.

Et c’est bien tout le problème.

La police a “jugé” (guillemets) que oui, ce site fait l’apologie du terrorisme. Nous sommes obligés de lui faire confiance, n’ayant ni accès à l’intégralité du site, ni la possibilité de trouver quel est le contenu incriminé précisément (cela ne me saute pas aux yeux sur la page d’accueil).

La décision de la police n’a pas à être motivée, tout juste est-elle susceptible de recours gracieux, hiérarchique puis contentieux — les nouvelles règles sur l’acceptation implicite de l’administration en l’absence de réponse de sa part dans le délai imparti ne s’appliquent pas ici, ce serait trop beau :

En l’absence de réponse de l’administration dans un délai de deux mois à compter de la date de réception de votre recours, celui-ci doit être considéré comme implicitement rejeté.

Ensuite un recours est possible auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, ce qui est rendu d’autant plus difficile que la décision à contester n’est ni publique ni motivée.

La loi suscitée permet également à la police française d’exiger le déréférencement par Google et les autres moteurs de recherche, sans aucun recours prévu en revanche de ce côté.

Nous nous retrouvons donc dans un régime où la police, sans contre pouvoir réel car avec des voies de recours extrêmement difficiles et aléatoires, peut décider de ce que nous avons le droit de voir ou pas.

Vous pensez peut-être que, pour lutter contre le terrorisme, cela est parfaitement anodin et normal, et que les services administratifs de la police n’ont de compte à rendre à personne en termes de transparence.

[Mise à jour du 17/3/2015 “Beauvau n’avait pas prévu de communiquer initialement” sur ce sujet, nous apprend un article du Monde, mais dans ce même article nous apprenons que ces sites ont été ciblés parce qu’ils “ne constituaient pas des médias stratégiques pour les services de renseignement français, qui en ont besoin pour surveiller des candidats au djihad“. Autrement dit, les sites bloqués ne sont que des sites de seconde zone pour amuser la galerie, sans souci d’efficacité autre que médiatique. ]

Sachez alors que Christiane Taubira, ministre de la justice, propose l’extension de ce blocage sans juge aux contenus antisémites et racistes — sur simple estimation opaque et non motivée de la police, là encore.

Sachez enfin qu’un député PS, Guy Delcourt, du Pas de Calais, a demandé très récemment l’extension de ce blocage aux injures envers les élus (uniquement envers les élus), sous couvert de protection de la démocratie. C’est ici, trouvé par l’œil affûté de Nextinpact :

http://questions.assemblee-nationale.fr/q14/14-75404QE.htm

 

Dans l’indifférence, pour ne pas dire l’approbation, quasi-générale,  l’état de droit continue donc de s’effriter peu à peu avec la mise en place par nos gouvernements et parlementaires de procédures d’exception, sous prétexte de protection de… l’état de droit.

[mise à jour du 18/3/2015] à lire absolument car elle donne un tout autre point de vue, la réponse de l’auteur du site islamic-news.info chez Numérama.

[mise à jour du 16/3/2015] Incidemment, on remarquera que la page Facebook de Islamic-News existe toujours : seul un blocage complet de Facebook en France serait possible, ce à quoi la police n’a pas osé procéder. Le blocage DNS va donc pousser les groupes fondamentalistes à recentrer leurs contenus sur les sites comme Facebook et Youtube, qui pratique une censure qui leur est propre.

Compléments :

[mise à jour du 16/3/2015] Il y a (au moins) 2 autres messages à d’autres adresses IP, dénichés par Stéphane Bortzmeyer.

90.85.16.50 prévue pour le “contenu illicite” en général, sans précision.

mi-illicite

90.85.16.51 pour la “pornographie enfantine”

mi-porno

[mise à jour 16/3/2015 18h20] apparemment le ministère d’Intérieur n’apprécie pas que l’on aille consulter sa page d’interdiction sans vouloir aller sur un site interdit.

miforbid

J’ai donc créé les adresses interieur0.eu.org  interieur1.eu.org interieur2.eu.org

[mise à jour du 17/3/2015 9h38] Un article d’Amaëlle Guitton indique les autres sites bloqués, qui eux sont encore accessibles si on n’utilise pas un DNS menteur : .

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