Pourquoi j’ai piraté ma propre imprimante et ses cartouches officielles

Tout a commencé en septembre 2017 par un banal achat d’imprimante laser couleur. Il nous fallait une imprimante utilisable facilement ailleurs que sous Windows, idéalement en réseau pour éviter des allées et venues entre ordinateurs, et recto-verso. De préférence, connaissant les formats Postscript ou PDF pour éviter d’avoir à réaliser des conversions. La plupart de ces fonctions sont réalisables par logiciel pour compenser leur absence, mais c’est toujours plus compliqué à mettre en œuvre.

Par ailleurs, nous souhaitions une imprimante laser au lieu d’une jet d’encre. Ces dernières ne sont pas particulièrement moins chères, et sont moins fiables (l’encre sèche avec le temps), alors que nous imprimons assez peu. Je pensais aussi échapper aux restrictions d’usage qui touchent les cartouches jet d’encre et permettent de les vendre à prix fort, pensant naïvement que les cartouches de toner en étaient exemptes.

Bref, nous trouvons rapidement un modèle qui coche toutes les cases à un prix intéressant, un peu moins de 110 €. Appelons-la modèle 310.

C’est une imprimante très ressemblante mais d’un modèle différent que nous recevons. Appelons-la 317. La 317 est identique à la 310, à un petit détail près : elle a l’option wifi, qui ne nous intéresse pas du tout. Mais ça ne semble pas gênant de l’avoir.

L’imprimante est munie de 4 cartouches d’encre d’origine : noir, magenta, cyan, jaune. Elles sont censées permettre l’impression d’environ 1500 pages, contrairement aux cartouches vendues ensuite, prévues pour 3000 pages. Leur format étant identique, les cartouches d’origine ne sont donc pas remplies complètement. Le coût par page de l’imprimante neuve avec cartouches est ainsi relativement comparable au coût par page des 4 cartouches de remplacement. Le constructeur souhaite probablement s’assurer qu’on ne commandera pas une imprimante neuve complète lorsque vient le moment de changer les cartouches d’origine.

Passent alors quelques mois d’utilisation sans histoire, jusqu’à la fin 2018, principalement en noir et blanc. Nous approchons de l’épuisement de la cartouche magenta, gentiment signalé à l’avance par l’imprimante.

Nous commandons donc des cartouches de remplacement du constructeur, profitant d’une offre groupée à prix « d’ami » incluant les 4 couleurs. Nous les stockons en attente d’utilisation, le temps que la cartouche magenta d’origine arrive effectivement à bout, ce qui prendra 4 ou 5 mois.

« Et là, c’est le drame. »

L’imprimante ne reconnaît pas la cartouche magenta de remplacement, produisant une erreur cryptique et refusant catégoriquement d’imprimer, même en noir et blanc.

Tout naturellement nous appelons donc l’assistance de la marque en France, qui investigue pour m’expliquer, en substance, que tout cela est de ma faute : mon modèle est le 317, or j’ai commandé des cartouches pour le modèle 310. Il est donc tout à fait « normal » que cela ne fonctionne pas. J’aurais dû faire attention. Je peux m’adresser au vendeur des cartouches pour demander un échange.

De son côté, le vendeur des cartouches — nous avions, autre erreur, privilégié un commerçant du sud de la France pour éviter d’engraisser une grande plateforme de vente en ligne — explique qu’au titre de ses conditions de vente il ne peut réaliser d’échange, même de cartouches neuves non déballées, car notre commande date de plus de 3 mois (puisque nous nous y étions pris à l’avance).

Nous voilà donc avec une imprimante totalement inutilisable à moins de payer à nouveau au moins une cartouche magenta (environ 150-170 €), et 450 € de cartouches inutilisables, potentiellement revendables sur e-bay avec les complications associées, une perte de valeur pour nous, et un risque pour l’acheteur.

Pour la petite histoire, la présence d’une cartouche vide empêche également toute mise à jour logicielle de l’imprimante.

En faisant quelques recherches en ligne, je découvre que des commerçants chinois revendent des circuits (chips) de remplacement pour les cartouches, classés par couleur d’encre, modèle d’imprimante, nombre de pages le cas échéant, et zone géographique.

Ici un petit aparté sur la notion de zone géographique pour imprimante. D’après l’assistance du fabricant, il s’agit de fournir du toner optimisé pour la région où il est utilisé, afin d’être adapté aux conditions climatiques locales (hygrométrie, température).

On pourra juger de cette promesse en constatant sur cette image que la Russie et toute l’Afrique sont dans la même zone, ainsi que l’Espagne et le Groenland, ou encore le sud des États-Unis et le grand nord du Canada. En revanche, cette politique commerciale permet d’appliquer des tarifs et circuits de distribution différenciés par continent.

J’ai donc commandé sur Aliexpress, en Chine, les circuits de remplacement “zone Europe”, pour chacune des 4 couleurs, pour le modèle d’imprimante 317.

Ces circuits sont normalement prévus pour recharger des cartouches avec du toner “compatible” (bien moins cher). Je dois être l’un des rares à m’en être servi sur des cartouches constructeur neuves. La somme est modique (15 € par circuit), le risque financier est donc minime même si l’opération échoue, et la manipulation est simple : 2 vis à ôter, le chip à remplacer, on revisse et c’est reparti.

Cet hiver j’avais remplacé le chip de la cartouche magenta, ce qui m’a permis d’utiliser à nouveau l’imprimante après presque 1 an de panne sans trop savoir comment s’en sortir. Je viens de remplacer le chip et la cartouche noire. On note sur l’emballage (photo ci-dessous) la mention du nombre de pages (3K), de la couleur (BK = black, noir), et de la zone géographique (EUR).

Addendum technique : les circuits ci-dessus sont interfacés avec l’imprimante par le protocole I2C, très courant dans le petit matériel électronique. Il est possible, dans une certaine mesure, de les reprogrammer par ce protocole pour changer les paramètres (autre couleur, autre imprimante, autre zone géographique, remise à zéro du compteur), et on trouve sur le web des instructions d’électroniciens à cet effet. C’est de ce type d’instructions que se servent les vendeurs de chips “pirates”. Dans certains cas, il est impossible de reprogrammer un circuit qui est arrivé au bout du nombre de pages. J’ai essayé ces procédés avec un Raspberry — car celui-ci comporte une interface I2C — sur les circuits “constructeur”, mais sans succès. J’aurai peut-être plus de résultats avec les circuits commandés en Chine.

Les imprimantes considérées ici sont les Lexmark CS310dn (sans wifi) et CS317dn (avec wifi), mais il existe énormément d’autres marques connues qui pratiquent le même genre de procédé : HP, Epson, Ricoh, Samsung, etc. L’objet de ce texte était surtout de montrer les complications que cela implique pour des usages légitimes, ces restrictions n’étant bien entendu jamais explicitées lors de l’acquisition.

24 thoughts on “Pourquoi j’ai piraté ma propre imprimante et ses cartouches officielles”

  1. Bonsoir,
    Tu savais que tu avais reçu une 317. Tu savais que ces imprimantes sont équipées de puces pour éviter la fraude (ou pour contraindre le client à rester fidèle à la marque).
    Tu t’es gouré sur les consommables. Tu t’es réveillé au bout de 3 mois et ton revendeur n’a pas été compréhensif.
    T’as tout faux. Point barre.

    1. “Tu savais que ces imprimantes sont équipées de puces pour éviter la fraude (ou pour contraindre le client à rester fidèle à la marque)”

      Alors non justement, je ne le savais pas. Sinon j’aurais évité cette marque, par principe (pour la même raison que j’ai évité les imprimantes à jet d’encre, en fait). Je n’ai découvert ça que quand j’ai voulu changer les cartouches. Et je pouvais encore plus difficilement imaginer que ce seraient des DRM sur des critères aussi aberrants.

    2. Bonjour Vangeles,

      Je ne suis vraiment pas d’accord avec ton avis,et trouve dommage que le ton soit si agressif.

      Mettre du DRM sur les cartouches d’imprimante pour segmenter artificiellement selon la zone géographique et le modèle, c’est juste une pratique malhonnête. Légalement tolérée, mais moralement naze : c’est vraiment prendre les clients pour des pigeons.

      Bravo pierre pour le hack, et pour l’article ! J’espère que ça fera du bruit.

    3. “La fraude”. Sans déconner. Des imprimantes pour lesquelles on ne peut pas utiliser ses propres consommables.

      je ne comprend même pas que ce genre de pratique puisse être légal.

    4. “La fraude” ?
      Depuis quand est-on obligé d’utiliser les consommables de la même marque que la machine ? Que le constructeur s’arrange pour s’attacher le consommateur, c’est une chose, mais de là à parler de fraude ……

    5. Je reformule : Il sait que les vendeurs d’imprimantes font dans l’embrouille du consommateur. Il fait tout pour éviter de se faire pigeonner. Il se fait avoir quand même.
      Je vois pas sur quel planète on peut trouver le comportement des constructeurs d’imprimantes normal et le comportement de ce consommateur fautif.

    6. Du calme Vangeles. Vous prenez la défense des fabricants d’imprimantes, ce qui est une cause perdue d’avance. Ces entreprises mettent en œuvre des pratiques universellement reconnues comme néfastes.

      La fraude, dans ce domaine, c’est vendre des cartouches génériques en prétendant que ce sont des cartouches de marque. Ça se fait peut-être, mais les puces ne sont absolument pas faite pour éviter cela. Et même si elles étaient faites pour ça, ce qui n’est pas le cas, ça ne marche pas !

      Le fait que les cartouches prévues pour le modèle 310 ne fonctionnent pas sur le modèle 317, alors qu’elles sont identiques, n’a rien d’une évidence. C’est par ailleurs dommageable à plus d’un titre et il est légitime de le reprocher au fabricant.

      Heureusement que la solution existe. Le remplacement des puces de cartouches, le remplissage, l’achat de cartouches génériques, le reconditionnement, tout cela constitue des bonnes pratiques qui sont amenées à se développer, pour le plus grand bien de tous.

      Idéalement, les pratiques de restriction d’usage des cartouches par puce d’identification devrait être interdites. S’il doit y avoir une différentiation entre des modèles, pour une raison légitime, autant que ce soit fait avec un détrompage mécanique, c’est bien plus fiable et plus clair.

  2. Quand je veux changer mon disque dur je ne suis pas obligé de passer par le constructeur de l’ordi.

    Quand j’ai besoin de faire le plein je ne suis pas obligé de passer par Peugeot. Pour changer les plaquettes de frein on va bientôt en arriver là parce qu’il faut la fameuse “valise” électronique pour desserrer les plaquettes de frein.

    Pour les cartouches c’est du marché captif de A à Z. Au final je connais pas mal de particuliers qui évitent d’acheter une imprimante. Pour les entreprises c’est un peu plus compliqué.

    1. Pour les entreprises, le coût est à la page imprimée, parfois avec des tarifs délirant du style 1 page couleur vaut 10x le prix d’une page N&B. Tout ce qui est consommable est géré par le constructeur dans ce cas.

      1. Pour info les consos couleur d’un MFP A3 d’entreprise coûtent 10 fois plus cher, pour cela que le prix est toujours 0.00x€ pour du noir et 0.0x€ pour la couleur.

  3. Bonjour, merci de votre retour.
    bien vieille histoire que celle-ci. ca me rappelle le zonage des lecteur dvd ou meme celui des compteurs des imprimantes epson apparu il me semble en 1997 ou 1998.

    de nos jours, il est largement répandu, y compris dans le médical.
    Par exemple les saturomètres ou oxymetre de pouls (dont on a parlé ces temps ci) de marque Masimo, une référence dans le domaine, et qui est intégrée par tous les fabricants de moniteurs, intègre un compteur d’heure du saturometre mais également du câble de liaison !
    le plus navrant c’est que personne ne communique la dessus au niveau des fabricants et que Masimo explique que c’est fantastique et plus sur pour la qualité des mesures.

    https://www.masimo.fr/siteassets/uk/documents/pdf/clinical-evidence/whitepapers/plm-10083a_bulletin_x-cal_system_british.pdf

  4. Merci pour ce retour intéressant. Pour ma part j’ai deux CS310n de la même marque. Pourquoi deux ? à l’époque (qui doit être dans les 2018 aussi), le prix auquel on pouvait trouver l’imprimante complète n’était même pas de 100 €. Fun fact : les cartouches livrées avec l’imprimante neuve ne sont pas utilisable avec une autre imprimante !
    Après, ils ont modifié la capacité des cartouches livrées avec les imprimantes neuves de 500-750 pages à même pas 250.
    Globalement, je trouve que c’est du foutage de gueule à grande échelle, dans les années 90, on était pas emmerdés avec ces conneries sur les imprimantes laser.

  5. Je suis étonné par le prix actuel de ces imprimantes. La 317 est au minimum à 230€. Une explication ?

  6. Bravo pour votre article, et félicitations pour avoir réussi à passer outre ces protections que je qualifierais de “minables”.
    Par contre, dans le futur, cela risque d’être plus compliqué, de plus en plus de fabricants se tournant vers des chips sécurisés et donc bin moins faciles à hacker pour protéger leurs bénéfices …
    Vincent.

  7. Je confirme un très bon article, clair et bien écrit. Bravo !

    Si je peux vous donner un conseil : fuyez les imprimantes personnelles !! Ce marché est une véritable arnaque et je ne comprends pas pourquoi il n’est pas encore légiféré, tellement c’est du vol.

    Ca me fait penser un article d’ Oatmeal que je me permets de vous joindre : https://theoatmeal.com/comics/printers

  8. Les Lexmark sont horribles à ce sujet. Que ce soit les 310, 317, 510, 517, le problème est récurrent. Pas possible d’imprimer en NB si un toner couleur est vide. Décompte de pages assez surprenant même en imprimant peu. Refus des toners ayant été utilisés dans une autre imprimante identique : l’imprimante se charge de bloquer le toner pour qu’il ne soit pas utilisable sur une autre imprimante identique. Et quand on voit les ventes privées sur ces modèles, on se rend compte qu’acheter l’imprimante complète en vente privée est moins cher que d’acheter les toners d’origine (d’une capacité plus grande que les toners de démarrage, certes).

  9. Bonjour,
    j’avais une imprimante epson ou canon, je sais plus bien , et j’avais trouvé un gadget qui permet de faire un reset sur les cartouches soi-disant vide, alors qu’elle durait encore un bon moment !!!!
    le bizness des cartouches …..fini les imprimantes, je vais en magasin pour le peu que j’utilise.

  10. Bonjours, personnellement j’attend le jours où une entreprise au bord de la faillite aura pour ultime choix de mettre un grand coup de pied aux fesses des marques qui, il me semble bien, sont louches au possible. Avec comme solution de faire une imprimante open source, électronique, driver, mécanique, et bien entendu encre et tête d’impression. Si au pire la machine coûte 300€ jet d’encre, l’encre vaudra 1€ le litre.

  11. J’ai toujours trouvé aberrant le prix des cartouches par rapport à l’imprimante. Je me suis aussi fait avoir avec des cartouches neuves, du bon modèle, mais défectueuses… Évidemment achetées des mois avant, pas possible de les échanger. J’ai ensuite galéré avec des cartouches compatibles rechargeables, jusqu’à avoir un pb d’air dans les circuits d’encre de l’imprimante.
    Au final, j’ai opté pour une epson ET-3750, qui est bien plus chère, mais utilise des réservoirs rechargeable simplement. Plus de pb de protections, la recharge est une simple bouteille d’encre.

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