Category Archives: vie privée

Blocages inutiles de sites Internet : lutte contre la prostitution

Il est difficile d’écrire sur un sujet pareil, sauf à risquer de passer pour un sans-cœur souhaitant perpétuer l’exploitation de la misère humaine.

Il existe depuis des décennies une tendance politico-médiatique bien identifiée, celle des lois d’affichage, fondées consciemment ou non sur une constatation simple : il est plus facile et pas forcément moins efficace électoralement de dire et faire croire que l’on agit plutôt que d’agir efficacement.

La prostitution est illégale en France.

La prostitution n’est ni interdite ni autorisée en France, d’après Wikipedia. Un flou artistique typiquement français.

On pourrait penser le sujet clos d’un point de vue législatif.

Or une nouvelle proposition de loi souhaite renforcer les moyens de lutte contre celle-ci.

Je ne vais pas débattre de la pertinence ou non de cette interdiction, c’est un long débat et pas du tout ma spécialité.

Mais, comme de nombreuses personnes l’avaient craint lors du vote des lois sur le jeu en ligne, la tentation du blocage de sites s’étend peu à peu de manière pavlovienne à de nouveaux domaines d’activité, sans considération de son efficacité déjà intrinsèquement douteuse.

Ainsi, la nouvelle proposition de loi suggère d’instaurer un blocage soumis simplement au bon vouloir d’une administration — donc une nouvelle fois en toute opacité, sans le contrôle a priori d’un juge :

http://www.assemblee-nationale.fr/14/propositions/pion1437.asp :

« Lorsque les nécessités de la lutte contre le proxénétisme et la traite des êtres humains aux fins d’exploitation sexuelle relevant des articles 225-4-1, 225-5 et 225-6 du code pénal le justifient, l’autorité administrative notifie aux personnes mentionnées au 1 du présent I les adresses électroniques des services de communication au public en ligne contrevenant aux dispositions de cet article, auxquelles ces personnes doivent empêcher l’accès sans délai. Les décisions de l’autorité administrative peuvent être contestées devant le juge administratif dans les conditions de droit commun. »

Cela pourrait déjà être critiquable en soi.

Mais il est extrêmement facile de vérifier sans quitter sa chaise que les sites d'”escortes” comportent en général une mention de ce style pour échapper à la qualification de prostitution, donc a fortiori de proxénétisme ou de traite des êtres humains :

Les services proposés sont ceux d’une accompagnatrice de luxe. Toute autre relation qui pourrait intervenir relèverait de la vie privée entre deux adultes consentants et serait détachée de la prestation.

Autrement dit, les sites supposés visés par la future loi y échappent déjà à l’heure actuelle. Ils ne seront pas bloqués. Un joli coup d’épée dans l’eau. À moins, bien pire, que cela donne à l’administration le pouvoir de bloquer arbitrairement ce qui pourrait selon elle dissimuler un service de prostitution non ouvertement annoncé comme tel.

Par ailleurs, la différence avec les jeux en ligne est évidente : ici le site ne sert que de vitrine, alors que dans le cas des jeux en ligne, il constitue l’activité proprement dite.

Comme dans le cas de la lutte contre la pédophilie, le blocage ou la fermeture du site ne changeront donc strictement rien à l’activité sous-jacente. Un autre coup d’épée dans l’eau.

On peut donc, une nouvelle fois, parler de tartufferie au sens presque littéral.

Si j’avais mauvais esprit — un écueil dans lequel je ne voudrais pas tomber –, j’y verrais une volonté d’étendre à nouveau la mainmise du politique sur Internet, afin d’essayer de le civiliser, autant que peuvent l’être les média audiovisuels déjà sous la coupe le bienveillant patronage du CSA et de présidents de chaînes publiques nommés en toute indépendance.

Mise à jour 21/10/2013 : un article complet sur cette loi chez Camille.

 

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Sexualité, Internet et libertés

Dans la série des collisions-coq-à-l’âne dont j’ai la spécialité…

couv-sexlibris

Alors que la sénatrice EELV Esther Benbassa propose une « loi sur la liberté de l’Internet » (comprendre, en français non politique : une loi restreignant la liberté), voici un livre qui n’a en apparence rien à voir avec ce qui précède, que j’ai découvert récemment, qui m’a beaucoup plu, mais dont je n’aurais pas forcément eu l’idée de parler ici.

Il s’agit du dictionnaire « Sexe Libris » de Camille, qu’on ne présente plus (ce que je fais donc) : “personnage épicène” selon sa propre description, on pourrait aussi dire “nom de plume”, qui a fondé la rubrique Rue69 sur la sexualité à Rue89 et maintenant Sexpress sur l’Express…

Pour citer l’avant-propos de Camille : « ce dictionnaire vise à conduire les lecteurs à s’interroger sur leurs représentations autour des questions de genre et de sexualité, et à travers elles sur la société ».

C’est David Abiker, dans la préface, qui m’a donné le lien (encore un mot à sens partagé) manquant avec ce blog. Internet, d’une part, et la liberté, d’autre part :

« Partout où la sexualité est (ou a été) réprouvée, cachée, humiliée, sanctionnée, on a souffert et on souffre encore d’un recul des libertés. Partout où le sexe est en cause, où il est redouté et donc combattu comme s’il était la marque du mal, on constate une stagnation des droits de la personne. Partout où la politique a fait du sexe un ennemi, la liberté a cédé du terrain dans tous les autres domaines, à commencer par ceux des droits de l’homme et de la femme ».

Maintenant relisez ce qui précède en remplaçant « sexualité » et « sexe » par « Internet »…

Le livre est très agréable à lire, loin de l’idée rébarbative que l’on se fait d’un dictionnaire. Il s’agit d’un cocktail bien écrit, tour à tour sérieux, coquin, bizarre, drôle, alternant références légales, citations savoureuses et traits d’humour, avec un énorme travail de (coureur de ?) fond.

Toutes les entrées comportent des liens “Lire aussi”, on peut ainsi se laisser porter agréablement de sujet en sujet. Je n’ai pas vérifié si le graphe ainsi constitué était connexe.

La postface judicieusement titrée « Post coitum », sorte de making-of et bêtisier, est savoureuse… particulièrement pour l’auto-contradictoire section “je n’ai pas osé”.

Plutôt que vous citer un extrait particulier, puisque tout est bon (…), j’ai choisi de vous donner des listes d’entrées par thème, les titres vous donneront peut-être la curiosité d’aller voir l’envers du décor ;). C’est toujours bien écrit et surprenant, un style clair et concis.

Et si vous voulez des extraits, vous pouvez en consulter ici sur Amazon.com, pas sur amazon.fr assez curieusement.

(PS l’image ci-dessus est un lien direct vers Amazon.fr)

Pour geeks : Album de la Comtesse, Apple, Audiard (Michel), Censure, Chatroulette, Chocolat, CNC, Correspondance, Facebook, Google, Minitel rose, Second Life.

Pour les gourmands : Chocolat, Cuisine, Manger.

Sur les questions de censure : Apple, Censure, Despentes (Virginie), Pornographie, Origine du monde (l’).

Politique et législation : Censure, Divorce, Loi, Mariage, Parenthèse enchantée, Prostitution, Protection des mineurs.

Pour les usagers du rail (sic, mais le non-ferroviaire) : Blanc-Bleu.

Religion : Emmanuelle (Sœur), Jean-Paul II, Religion, Urbain.

Improbables ou m’ayant particulièrement étonné : Emmanuelle (Sœur), Foot, Giscard d’Estaing (Valéry), Grève, Guerre, Ousepo, Piscine.

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Filtrage, subsidiarité et censure dans l’affaire Copwatch

(ceci n’est pas une analyse juridique — je ne suis pas juriste, ce qui me donne le droit d’énoncer des absurdités juridiques en me concentrant sur l’esprit de la loi plutôt que sa lettre)

Je suis de retour de vacances, pendant lesquelles il a fallu gérer le dernier épisode de l’affaire Copwatch 2 (merci la 3G). Comme promis, je reviens dessus en détail maintenant que j’ai plus de temps.

Merci Copwatch, d’abord, pour avoir permis que l’affaire se “résolve” sans heurts, ou “en application du principe de subsidiarité” comme on dit chez les juristes, évitant que le risque de surfiltrage pesant sur eu.org se matérialise. À ce sujet, Copwatch a diffusé le 26 février un communiqué. et PCINpact a publié un court article.

Est-ce de la censure ?

Il ne s’agit pas de censure à strictement parler (voir le dictionnaire le terme de censure sous-entend généralement l’existence d’une autorité administrative type commission de censure).

Mais inutile de tourner autour du pot : dans la mesure où il s’agit de faire disparaître ou rendre inaccessible un contenu, le terme de censure, ordonnée ici par la justice, n’est pas inadapté.

Quelques rappels

Le fond de l’affaire portait sur le droit à l’image des policiers visés par le site, et sur la diffamation à l’égard des institutions.

Deux des responsables du collectif Copwatch sont apparus à visage découvert, en dévoilant même ce qui semble être leur vraie identité, le 26 janvier 2012, dans un reportage télévisé au journal de 20 heures de France 2.  C’est apparemment cette médiatisation du nouveau site qui a motivé la seconde action en justice du ministère.

Point essentiel, comme cela a été déjà expliqué, le ministère de l’Intérieur n’a pas cherché à assigner l’éditeur du site. L’avocat du ministère a, à l’audience, expliqué que la LCEN (voir aussi l’article Wikipedia) ne l’obligeait nullement à retrouver l’éditeur du site si celui-ci n’indiquait pas, comme le demande la loi, son identité sur son site. Retrouver les auteurs n’était probablement pas très difficile, a fortiori pour le plaignant vu sa qualité. Les contacter était extrêmement facile, grâce aux bases Whois qui fournissaient une adresse email de contact en liaison avec le nom de domaine. L’avocat du ministère a même avoué savoir utiliser Whois.

Le ministère a donc demandé à la justice, et obtenu, le filtrage du site. Il a été débouté sur sa demande de filtrage des miroirs, ainsi que sur sa demande de filtrage des miroirs ultérieurs sans nouvelle décision de justice.

Peut-on imaginer que n’importe qui d’autre, agissant pour les mêmes motifs (diffamation, injures et droit à l’image), aurait eu la moindre chance de voir décidé un filtrage national en sa faveur ? C’est extrêmement peu probable, et la meilleure preuve en est que cela ne s’est jamais produit, bien que les affaires de diffamation ou droit à l’image soient courantes. Le seul cas similaire à ma connaissance est celui du site de jeu en ligne stanjames.com dont le filtrage a été demandé par l’ARJEL en avril 2011, en application de la loi sur les jeux en ligne.

Les affaires Copwatch constituent donc un précédent.

La décision de justice a-t-elle été appliquée ?

Oui. Le domaine copwatchnord-idf.eu.org n’existe plus depuis le 27 février. Il n’est donc pas nécessaire de le filtrer. Par ailleurs, la décision de justice ne demandait le filtrage que chez 5 gros fournisseurs d’accès français, alors que la suppression du domaine le rend totalement inaccessible.

Le résultat obtenu est-il conforme à ce que demandaient les plaignants ?

Non, pour plusieurs raisons.

Le site est toujours accessible sous d’autres noms et comporte maintenant de nombreux miroirs.

La justice a refusé le blocage aux sites miroirs (contenu pas toujours identique au site principal, voire sans rapport aucun dans certains cas), et surtout l’extension du blocage à de futurs miroirs sans repasser devant un juge.

Elle a également demandé au plaignant d’assumer les coûts induits par la mise en œuvre du blocage.

Enfin, la stratégie des plaignants semble indiquer une préférence de leur part pour ‘un filtrage national plutôt que l’application pragmatique du principe de subsidiarité.

Et les fournisseurs d’accès ?

Ils ont été remarquablement discrets, pour la plupart d’entre eux. Aucun d’entre eux n’a, à ma connaissance, mis en œuvre un nouveau filtrage, ni dit publiquement ce qu’il aurait fait en l’absence d’action de la part de eu.org ou de Copwatch. Du coup, la question des recours qu’aurait eu.org contre du surfiltrage devient (heureusement) caduque.

L’objectif : un filtrage national automatisé

Cette procédure visant Copwatch s’inscrit, en réalité, dans une stratégie beaucoup plus large de la part du gouvernement visant à mettre en place des procédures administratives “simplifiées”de filtrage d’Internet.

Simplifiées, c’est à dire : sans juge, soumises à validation par une simple décision administrative, automatisées pour leur déploiement chez les fournisseurs, et opaques quant aux sites concernés donc rendant impossible toute vérification de légitimité ou de pertinence.

Pour quelques manifestations publiques de cette stratégie, voir par exemple la lettre d’Éric Besson au CGIET concernant Wikileaksles propositions d’Éric Besson pour modifier les décrets d’application de la LCEN, ce texte du même CGIET évoquant un filtrage BGP ou DNS national (avec, à titre anecdotique, un développé inexact de l’acronyme BGP, indice montrant que l’exactitude ou la faisabilité technique ne sont actuellement pas les préoccupations centrales) et le décret d’application attendu concernant l’article 4 de la loi LOPPSI 2. On peut citer également, cette fois à l’initiative ou au bénéfice des ayants-droit de l’industrie du divertissement, l’assignation pour le blocage d’Allostreaming, ou la maintenant fameuse loi Hadopi permettant la coupure de l’accès d’un abonné Internet, qui n’est pas plus logique que de demander à EDF de vous couper le courant pour la même raison.

En supposant que des moyens techniques nationaux puissent être déployés pour automatiser la coupure d’un site dans les cas particuliers cités ci-dessus, il n’y a aucun doute que, par “appel d’air”, les modalités en seraient rapidement étendues ensuite à d’autres types de sites illégaux : certains cas ont déjà été publiquement évoqués à l’assemblée nationale. La liste déjà longue et nullement exhaustive du paragraphe précédent ne couvre que certaines initiatives de ces 2 dernières années.

On pourrait bel et bien parler, alors, de censure d’Internet, qui aboutirait inévitablement à la mise en place de moyens techniques coûteux et dédiés au filtrage en masse, par opposition à un filtrage actuellement réalisé de manière artisanale visant des sites qui se comptent sur les doigts d’une seule main.

Cela servirait-il à quelque chose ? Non, comme le montre la continuation de l’activité de Copwatch (qui y a, au contraire, gagné une publicité certaine comme on pouvait l’anticiper), et comme l’a également montré a contrario l’affaire Megaupload (partage de fichiers contrefaits) par une action musclée “à la source”.

En résumé, il s’agirait d’un filtrage techniquement imparfait, coûteux et financé par le contribuable, opaque et dangereux pour les libertés publiques, inefficace et à la contre-productivité démontrée.

Ce n’est pas l’idée que je me fais de l’efficacité des politiques publiques. Espérons que les pouvoirs publics retrouveront rapidement leurs esprits.

Le sujet n’est pas clos : si vous vous intéressez à l’actualité sur ces questions, vous pouvez vous tenir informé par des sites de veille comme PCINpact et Numerama déjà abondamment cités ici.

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Blocage et surblocage : suites de l’affaire Copwatch version 2

(voir ici le résumé des épisodes précédents)

J’ai reçu ce matin une lettre de Free, une des parties assignées dans l’affaire Copwatch version 2.

Je précise qu’aucun autre fournisseur, ni aucun des plaignants, ni leurs avocats, n’ont à aucun moment tenté d’entrer en contact avec eu.org dans cette affaire.

Free a sollicité eu.org en application du principe de subsidiarité, proposant qu’eu.org invite Copwatch à mettre hors ligne son site https://copwatchnord-idf.eu.org/ ; et si nécessaire, suspende le domaine copwatchnord-idf.eu.org.

Cela permettrait d’éviter la mise en œuvre de filtrage brutal IP ou DNS au niveau national, en application du jugement, auquel réfléchissent en ce moment même les 6 fournisseurs d’accès assignés au procès.

Un filtrage à grande échelle n’est jamais une bonne solution, pour la liste suivante de raisons qui ne prétend aucunement être exhaustive.

Pour du filtrage IP :

  • les inévitables surblocages qui en résultent : un site ou un ensemble de sites au lieu de quelques pages, un ensemble de services au lieu du service web seul, etc ;
  • la lourdeur technique de mise en œuvre, avec intervention sur les routeurs des fournisseurs, ce qui n’est jamais anodin.

Pour du filtrage DNS :

  • de même les surblocages qui en résultent : un site ou un ensemble de sites au lieu de quelques pages, un ensemble de services au lieu du web seul, etc ;
  • la nécessité d’intervention sur les serveurs de résolution DNS des fournisseurs, ce qui n’est pas anodin non plus, et pas forcément possible car le plus souvent les logiciels DNS utilisés sur lesdits serveurs n’ont pas été conçus pour cela.

Et pour tout filtrage :

  • son inefficacité relative, puisque les 6 fournisseurs concernés sont loin de représenter la totalité des accès à Internet en France ;
  • comparativement, la grande facilité de contournement par mise en place de miroirs ;
  • les risques de surblocage dans le temps, les règles de filtrage pouvant subsister des années après la disparition de la cause qui les a provoquées.

Et en l’occurrence, le filtrage DNS pourrait être d’autant plus brutal que certains des fournisseurs concernés ne seraient pas en mesure de le réaliser plus finement qu’au second niveau. C’est ainsi tout eu.org et ses 20.000 sous-domaines qui seraient bloqués en France, autrement dit un surblocage colossal. On frémit en imaginant ce qui se passerait si example.co.uk, example.co.jp ou exemple.asso.fr devaient être bloqués par DNS par des fournisseurs dans ces conditions, suite à une décision de justice.

On peut se poser aussi la question du recours qu’aurait eu.org si une telle mesure de surblocage était mise en place. Contre qui eu.org devrait-il se retourner ? eu.org devrait-il assigner chacun des fournisseurs filtreurs, et à quel titre : LCEN, entrave au fonctionnement d’un système automatisé… ?

On notera enfin qu’il s’agit d’une première depuis l’existence de eu.org, créé en 1996.

eu.org a donc transmis ce jour la demande à Copwatch.

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Jugement Copwatch version 2

(suite des billets Au sujet de copwatchnord-idf.eu.org et Compte-rendu de l’audience Copwatch version 2)

Le jugement a comme prévu été rendu vendredi. Il a fallu attendre ce lundi pour que cette copie en soit accessible sur Internet.

Le ministère de l’Intérieur est débouté sur l’essentiel de ses demandes :

– la demande de blocage du site http://copwatchnord-idf.meta.gd/ est rejetée : il semblerait que le site soit hébergé sur une Dédibox (88.190.232.92 au moment où j’écris ces lignes) c’est-à-dire chez Free/Online qu’il est peut-être possible de couper sans mettre en branle des mesures disproportionnées de filtrage au niveau national ;

– les demandes sur les 34 autres miroirs sont rejetées par manque de preuves ;

– la demande d’étendre automatiquement le filtrage en cas de déplacement des miroirs est également rejetée. Cf l’argumentaire très intéressant en page 16 du jugement. Ce dernier point était particulièrement crucial car une demande similaire a été formulée par les ayants-droit dans l’affaire Allostreaming, non encore jugée. PCinpact fournit une analyse détaillée  de cette question.

Il est donc au final simplement demandé aux fournisseurs d’accès à Internet assignés le blocage par DNS ou IP du site http://copwatchnord-idf.eu.org/ qui ne semblent pas encore complètement en œuvre au moment où j’écris ces lignes.

L’avenir nous dira si nous aurons droit à des Copwatch v3 voire v4, v5…

Voir aussi l’analyse de Numérama.

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Au sujet de copwatchnord-idf.eu.org

Ce billet va être un tantinet abscons car technique, et je n’ai malheureusement pas le temps de développer… que les lecteurs veuillent bien m’en excuser. Il y aurait beaucoup à dire, des pages et des pages, mais je vais me limiter à l’essentiel.

Rapide historique

Le site copwatchnord-idf.org a défrayé la chronique cet automne car il a provoqué l’ire du ministère de l’Intérieur. Ce dernier a réussi à en obtenir le blocage sur le territoire français, obtenant aussitôt un bel effet Streisand puisque des miroirs sont apparus aussitôt après. Ce blocage a été obtenu par le blocage, par les principaux fournisseurs d’accès français, de l’adresse IP du site, qui se trouve hébergé aux États-Unis. On trouvera sur Numérama un résumé de l’affaire. Selon cet article ultérieur de Numérama, les éditeurs du site Copwatch ne s’étant pas présentés à l’audience, le tribunal n’a pas débattu de la légalité du site .

Depuis quelques jours, le site est réapparu à l’adresse https://copwatchnord-idf.eu.org/. Le 24 janvier, cela a donné matière à un article sur le site web du journal Le Point : Censuré par Claude Guéant, Copwatch revient.

Or, le domaine copwatchnord-idf.eu.org, comme son nom l’indique, a été réservé via eu.org, service que je gère depuis 1996 avec l’aide d’une équipe de bénévoles. Le domaine copwatchnord-idf.eu.org a été validé (rendu utilisable) le 5 novembre 2011.

Pour rappel, eu.org n’est pas hébergeur mais distribue des noms de domaine gratuitement. eu.org est un simple intermédiaire technique et a distribué à ce jour plus de 20 000 domaines.

Les nouvelles du jour

Des bruits laissaient entendre cet après-midi que la place Beauvau aurait dit qu’il serait pratiquement impossible d’identifier l’hébergeur de eu.org.

Mon intuition me dit que si la place Beauvau mentionne actuellement eu.org, c’est très probablement en raison de la réapparition de Copwatch.

Revenons sur les termes de l’affirmation ci-dessus :

– l’hébergeur (celui qui fournit le serveur contenant les pages web ainsi que les logiciels du service de fourniture de noms de domaine) est parfaitement identifié puisqu’il s’agit de moi-même, sur ma liaison ADSL personnelle. Je suis facilement identifiable par la base publique Whois des noms de domaine publiée par le registrar Gandi.net (pour les domaines dont il a la charge) ; de même mon fournisseur d’accès, Free, est facilement identifiable par la base Whois d’allocation des adresses IP dans laquelle figure le bloc où se trouve celle que j’utilise.

– l’hébergeur de eu.org n’a rien à voir avec les hébergeurs des 20 000 sites, dont Copwatch, délégués par eu.org via le système de noms de domaine ;

– la prestation fournie par eu.org à ses utilisateurs, dont Copwatch, n’est pas une prestation d’hébergement mais la simple fourniture (on dit délégation) d’un nom de domaine.

– les personnes responsables des domaines ainsi fournis (délégués) fournissent des informations de contact supposées sincères, dont l’exactitude n’est pas vérifiée, mais qui sont diffusées publiquement sous le nom de base Whois. Au minimum il faut que l’adresse email fournie et les serveurs de noms soient techniquement corrects au moment de la demande de délégation du domaine, sinon l’enregistrement est refusé.

Et maintenant ?

Il est probable que le ministère de l’Intérieur va demander que le site copwatchnord-idf.eu.org soit, sinon fermé proprement dit, du moins rendu inaccessible. Le site étant physiquement hébergé aux USA, il est impossible d’obtenir la coupure du serveur qui l’héberge pour la même raison qu’en octobre.

En revanche, il est possible, par exemple, que :

– le ministère demande aux fournisseurs d’accès français, de même qu’en octobre, le blocage pour les accès depuis la France de l’adresse IP du nouveau site (située chez le même hébergeur que l’ancien) ;

– ou qu’il demande à eu.org la coupure du domaine copwatchnord-idf.eu.org.

N’étant pas juriste, je ne suis pas en mesure de juger de la légalité, ni des mesures citées ci-dessus qui posent de sérieuses questions sur les libertés publiques, ni du site Copwatch lui-même.

J’espère en tout cas que l’on n’utilisera pas une bombe atomique pour atteindre la cible, comme c’est malheureusement trop souvent le cas par les temps qui courent lorsqu’Internet est concerné.

Mise à jour : article du 1er février de PcInpact sur le développement de l’affaire (et encore un autre nom de domaine pour le site : copwatchnord-idf.meta.gd). Rendez-vous le 7 février apparemment…

Mise à jour 2 février au soir : un article d’Arrêt sur images revient sur l’affaire.

 

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Spam téléphonique

Appel « numéro inconnu ».

– bonjour monsieur, ici « Virginie Latour », je vous appelle de la part de votre conseillère Mme Truc de la banque Bidule pour blablabla réserve de crédit blabla…
– je ne souhaite pas être dérangé par des sollicitations commerciales téléphoniques émanant de centres d’appel, je suis sur la liste orange, je vous remercie d’en faire part à ma banque.

(2 secondes de pause, le temps de trouver la bonne réplique dans son script)

mais je vous appelle de l’agence, monsieur.

Mais oui, on y croit.

Ce n’est pas la première fois qu’une opératrice de centre d’appel essaie de m’expliquer qu’elle n’est pas une opératrice de centre d’appel (la dernière fois c’était peu avant Noël, le « standard » de l’Institut Curie qui me sollicitait pour un don). Comme quoi je ne dois pas être le seul à en avoir marre, c’est peut-être bon signe.

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Le quart d’heure d’anonymat

Du quart d’heure de célébrité « inventé » par Andy Warhol en 1968, on arrive maintenant, avec Internet et les réseaux sociaux au quart d’heure d’anonymat suggéré par Jean-Marc Manach. Un article qui résume bien la question telle qu’elle se pose aujourd’hui, avec la nécessité pour chacun de devenir son propre « dircom » et de s’auto-aseptiser.

Extraits :

Comme le souligne danah boyd, chercheuse ès médias sociaux, “la vie privée n’est pas une technologie binaire que l’on peut allumer ou éteindre” :

“La vie privée renvoie au fait de pouvoir contrôler la situation, de pouvoir contrôler quelle information va où, et d’avoir la possibilité d’en réajuster le flux de manière appropriée lorsque l’information déborde ou va trop loin. Les gens se préoccupent de leur vie privée parce qu’ils ont peur d’en perdre le contrôle.”

[…]

Le problème, c’est que le statut de “personnalité publique“, après avoir longtemps été réservé à un nombre restreint de privilégiés, est aujourd’hui accessible à tout un chacun, en quelques clics. Or, s’inquiète danah boyd, “les conséquences sociales, considérables, de ce changement de paradigme ne seront jamais assumées par les geeks de la Silicon Valley qui en sont responsables” :

“Certains d’entre eux voudraient forcer tout le monde à accepter ce changement culturel où la vie publique serait la nouvelle norme sociale. Je ne pense pas que ce soit très raisonnable, et ne pense pas non plus que c’est ce que réclament les gens.

Ce n’est pas parce que certains ont compris qu’ils pouvaient gagner quelque chose à s’exposer que tout le monde en a envie. Et ça ne veut pas dire, non plus, que la “vie privée” n’a plus de valeur. Il faut leur donner la possibilité de se protéger, et de faire face aux conséquences que cela entraînera.”

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I’m sorry Dave, I’m afraid I can’t do that

Suite à la débacle Buzz, cela fait plusieurs jours que je me demande le sort que je dois réserver aux différents comptes que j’ai chez Google, tous liés au même compte Gmail. Voici où j’en suis à ce jour :

  • un compte Gmail/Gtalk -> conservé (je m’en sers principalement pour Gtalk)
  • un compte Buzz -> détruit
  • un compte Orkut -> informations personnelles nettoyées au maximum, permissions fermées au maximum, ne reste que 2 photos et la liste d’amis
  • un compte Reader -> vidé, réglages disponibles fermés
  • un compte Analytics -> détruit
  • un compte Webmaster Tools -> en cours de nettoyage, à migrer
  • un compte Wave -> préservé pour l’instant
  • un compte App Engine -> préservé pour l’instant
  • un compte Calendar -> probablement vide, à vérifier de près
  • un compte Docs -> non vide, à vérifier de près
  • un compte Contacts (synchronisé depuis mon téléphone Android) -> à vider à l’occasion, dès que j’aurai trouvé une autre solution ; il existe des applications Android pour cela.
  • un compte Picasa -> vérifié vide
  • un compte iGoogle -> théoriquement vide, à vérifier
  • un compte Web History -> désactivé
  • un compte Maps -> préservé pour l’instant, à vérifier de près
  • un compte Sites -> vidé mais à vérifier de près

Où l’on s’aperçoit à quel point la loi Informatique et Libertés, qui interdit le croisement de fichiers, était visionnaire… dès 1977.

J’ai l’impression d’être l’astronaute Dave dans la scène de 2001, Odyssée de l’espace, qui démonte l’ordinateur HAL, bloc de mémoire par bloc de mémoire, après que celui-ci ait tenté de le laisser périr dans l’espace pour le bien de l’humanité.

Tout cet inventaire est facile grâce au tableau de bord Google. Merci, Google.

L’étape numéro 2, très importante, va consister à séparer les comptes subsistants en créant autant de comptes Gmail distincts et en y migrant les données, afin d’éviter que Google relie entre eux des comptes que je ne souhaite pas voir reliés.

Cela comprendra donc au minimum :

  • un nouveau compte pour Webmaster Tools
  • un nouveau compte pour Docs
  • ultérieurement, éventuellement, de nouveaux comptes pour Maps et Wave

En revanche je vais rencontrer un gros problème pour ce qui concerne les comptes liés à Android (Gmail, Calendar, Maps, Contacts) : je ne crois pas qu’Android me laisse gérer cela sur plusieurs comptes Google séparés. Le cas échéant, je viderai purement et simplement les comptes qui continuent à me poser problème.

Je sais que tu fais tout cela pour me simplifier la vie, GoogHAL, mais j’aime avoir une vie compliquée en décidant moi-même des choses qui ne concernent que moi.

Mise à jour : création d’un nouveau compte Gmail… incroyable, même après avoir explicitement refusé Buzz (en cliquant sur le petit lien bien caché à côté du gros bouton “Essayer Buzz”), Buzz apparaît dans le nouveau compte, il faut le détruire explicitement en confirmant 2 fois… on dirait le sparadrap du capitaine Haddock dans Vol 714 pour Sydney.

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L’OPA de Google Buzz sur nos données personnelles

Les problèmes de Google Buzz ? Oubliés, mieux que ça : ils n’ont jamais existé, ce sont les utilisateurs qui avaient mal compris. La plainte EPIC/FTC ? « On adore discuter avec les associations ». Le mélange vie privée – vie professionnelle ? On n’en parle même pas, de toute façon Google a décrété que les deux sphères allaient fusionner, puisqu’on vous le dit.

Le concierge de Buzz a annoncé ce jour quelques petits trucs à connaître, juste histoire de faire bien comprendre aux naïfs que la vie vue par Google reprend ses droits.

Chapeau. C’est du grand art ; à ce niveau ce n’est plus du noyage de poisson, c’est de l’atomisation de cachalot, catégorie champion olympique.

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