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Sexualité, Internet et libertés

Dans la série des collisions-coq-à-l’âne dont j’ai la spécialité…

couv-sexlibris

Alors que la sénatrice EELV Esther Benbassa propose une « loi sur la liberté de l’Internet » (comprendre, en français non politique : une loi restreignant la liberté), voici un livre qui n’a en apparence rien à voir avec ce qui précède, que j’ai découvert récemment, qui m’a beaucoup plu, mais dont je n’aurais pas forcément eu l’idée de parler ici.

Il s’agit du dictionnaire « Sexe Libris » de Camille, qu’on ne présente plus (ce que je fais donc) : “personnage épicène” selon sa propre description, on pourrait aussi dire “nom de plume”, qui a fondé la rubrique Rue69 sur la sexualité à Rue89 et maintenant Sexpress sur l’Express…

Pour citer l’avant-propos de Camille : « ce dictionnaire vise à conduire les lecteurs à s’interroger sur leurs représentations autour des questions de genre et de sexualité, et à travers elles sur la société ».

C’est David Abiker, dans la préface, qui m’a donné le lien (encore un mot à sens partagé) manquant avec ce blog. Internet, d’une part, et la liberté, d’autre part :

« Partout où la sexualité est (ou a été) réprouvée, cachée, humiliée, sanctionnée, on a souffert et on souffre encore d’un recul des libertés. Partout où le sexe est en cause, où il est redouté et donc combattu comme s’il était la marque du mal, on constate une stagnation des droits de la personne. Partout où la politique a fait du sexe un ennemi, la liberté a cédé du terrain dans tous les autres domaines, à commencer par ceux des droits de l’homme et de la femme ».

Maintenant relisez ce qui précède en remplaçant « sexualité » et « sexe » par « Internet »…

Le livre est très agréable à lire, loin de l’idée rébarbative que l’on se fait d’un dictionnaire. Il s’agit d’un cocktail bien écrit, tour à tour sérieux, coquin, bizarre, drôle, alternant références légales, citations savoureuses et traits d’humour, avec un énorme travail de (coureur de ?) fond.

Toutes les entrées comportent des liens “Lire aussi”, on peut ainsi se laisser porter agréablement de sujet en sujet. Je n’ai pas vérifié si le graphe ainsi constitué était connexe.

La postface judicieusement titrée « Post coitum », sorte de making-of et bêtisier, est savoureuse… particulièrement pour l’auto-contradictoire section “je n’ai pas osé”.

Plutôt que vous citer un extrait particulier, puisque tout est bon (…), j’ai choisi de vous donner des listes d’entrées par thème, les titres vous donneront peut-être la curiosité d’aller voir l’envers du décor ;). C’est toujours bien écrit et surprenant, un style clair et concis.

Et si vous voulez des extraits, vous pouvez en consulter ici sur Amazon.com, pas sur amazon.fr assez curieusement.

(PS l’image ci-dessus est un lien direct vers Amazon.fr)

Pour geeks : Album de la Comtesse, Apple, Audiard (Michel), Censure, Chatroulette, Chocolat, CNC, Correspondance, Facebook, Google, Minitel rose, Second Life.

Pour les gourmands : Chocolat, Cuisine, Manger.

Sur les questions de censure : Apple, Censure, Despentes (Virginie), Pornographie, Origine du monde (l’).

Politique et législation : Censure, Divorce, Loi, Mariage, Parenthèse enchantée, Prostitution, Protection des mineurs.

Pour les usagers du rail (sic, mais le non-ferroviaire) : Blanc-Bleu.

Religion : Emmanuelle (Sœur), Jean-Paul II, Religion, Urbain.

Improbables ou m’ayant particulièrement étonné : Emmanuelle (Sœur), Foot, Giscard d’Estaing (Valéry), Grève, Guerre, Ousepo, Piscine.

Installation de la fibre (FTTH), suite de la saison 5

(Suite du parcours du combattant de l’abonné FTTH français en copropriété)

Les choses avancent : la nouvelle résolution d’assemblée générale a été votée le 17 décembre, donnant mandat au syndic et au conseil syndical pour signer les conventions de pose avec un opérateur d’immeuble quelconque (résolution sans nom d’opérateur afin de pouvoir continuer en cas de désistement sans avoir à attendre la prochaine AG ni une assemblée générale extraordinaire).

La convention SFR va donc être signée et envoyée incessamment.

Suite : FTTH en France, saison 6 : du rififi chez le syndic, relance du dossier et repérage v2

 

Petits meurtres de liens entre amis : la presse, le ministère et Google News

Vous avez peut-être entendu parler des demandes d’une partie de la presse française vis-à-vis de Google, ainsi motivées :

  1. Google News indexe les articles de presse
  2. Google gagne de l’argent avec ces articles
  3. La presse, en difficulté, a besoin d’argent au delà de ses aides, publicités et abonnements…
  4. donc Google doit reverser à la presse française sa part « légitime »

(par la suite pour alléger je parle de “la presse”, mais il faut savoir que le lobbying en question se limite à quelques grands journaux parisiens liés au SPQN, ne mettons donc pas tout le monde dans le même panier)

Munie de cette argumentaire, la presse a donc proposé un projet de loi au ministère de la Culture et de la Communication, pour lui demander de légiférer dès que possible, ce à quoi il a commencé à s’employer. Le projet en question n’est pas public, mais sa première version a fuité grâce à Télérama. Au moment de cette fuite, on a appris qu’il ne s’agissait que d’un document de travail déjà périmé, la version à jour étant encore aujourd’hui tenue secrète et réservée à la presse et au ministère (P. Jannet sur twitter : “il avance, mais je prefererai parler avec Google avant …“)

Nous avons néanmoins eu droit à quelques détails sur les changements, qui révèlent la stratégie des lobbyistes. J’y reviens plus loin.

Le premier problème, c’est que l’argumentaire de la presse prend l’eau littéralement dans tous les sens :

  1. Google News ne permet pas de lire les articles car il ne fournit que le titre et un début de phrase, il faut aller sur le site du journal qui a publié l’article ;
  2. Google ne gagne pas d’argent avec cette activité : il n’y a aucune publicité sur Google News ; et Google ne gagne ni plus ni moins d’argent sur son moteur de recherche habituel avec la presse qu’avec les autres types de contenus indexés ;
  3. Google fournit gratuitement ce service d’indexation et de recherche ;
  4. C’est la presse elle-même qui gagne de l’argent avec ses articles, en général en publiant sur la même page des publicités ;
  5. Mieux, Google attire des lecteurs sur les articles en question, permettant donc déjà à la presse de gagner plus d’argent qu’en l’absence d’indexation.

Bref, le ministère de la Culture a beau soutenir contre vents et marées, par construction de ses missions et par principe, les lobbyistes de la presse, il faut peut-être que l’argumentaire tienne la route, et à l’évidence ce n’est pas le cas.

La position de Google a été connue assez rapidement, et elle tombe sous le sens. Vous ne souhaitez pas que l’on vous indexe gratuitement ? Eh bien ce n’est pas grave, on va cesser de vous indexer, car nous ne souhaitons pas vous payer quoi que ce soit (cela a déjà été pratiqué avec les journaux belges dans des circonstances similaires ; ceux-ci ont tenu trois jours).

Nous avons aussitôt eu droit à quelques déclarations indignées, notamment de Laurent Joffrin du Nouvel Observateur, s’étranglant que Google ose menacer ainsi de « censure » la presse locale : non seulement Google devrait payer pour l’indexation, mais il devrait en plus en tant que service d’« ‘intérêt général » être obligé d’indexer, donc de payer. Le système parfait.

Les lobbyistes ayant vu venir la réponse de Google et sa logique implacable, l’argumentaire a été largement modifié. Je rermercie Philippe Jannet (consultant, directeur général de ePresse. fr, ex-PDG du Monde Interactif, ex-DG numérique des Echos, ex-Président du Geste) de me l’avoir signalé  dans nos discussions sur Twitter. On peut lire chez Libération son article de samedi : “Oui, Google capte la valeur créée”. Cet article, à la différence de celui de Laurent Joffrin, a la franchise de reconnaître que tout cela n’est qu’une histoire de gros sous, et rien d’autre. C’est Philippe Jannet lui-même qui insiste sur le pivot crucial, sur Twitter :  « j’ai mis moteur de recherche… Agrégateur c’est pas pareil », en réponse à quelqu’un qui lui demandait pourquoi cibler “Google” plutôt que “les agrégateurs”.

Google News ne vend pas de publicité et ne gagne donc pas d’argent ? Qu’à cela ne tienne, on va arrêter de parler de Google News et d’agrégateurs, on va maintenant parler de Google qui lui, à l’évidence, gagne beaucoup d’argent et pratique l’« optimisation » fiscale, ce qui justifie par avance une taxation, fût-elle au profit exclusif d’intérêt privés.

Le lien entre l’affichage sur Google News et la publicité vendue par Google Search est inexistant ? Aucune importance, on invente de toutes pièces une explication à base de « sémantique » de l’algorithme d’indexation, qui en extrayant automatiquement le sens des articles de la presse, permettrait à Google d’améliorer la qualité de la réponse (on ne sait pas comment), donc de générer plus de revenu (on ne sait pas comment non plus).

Mais c’est un gros mensonge car l’algorithme de Google, dont les grandes lignes sont bien connues, ne fonctionne pas du tout comme cela.

Second écueil passé sous silence au bénéfice de la rhétorique, les articles de presse n’ont pour un moteur de recherche ni plus ni moins d’intérêt que les pages « normales » du web. Mais ce fait est évidemment occulté, car il s’agit bien de demander une taxe au profit de la presse, pas une taxe générale sur les liens du web qui, pour le coup, n’aurait strictement aucune chance d’être votée, et a fortiori appliquée.

Bref, on ne sait trop comment Philippe Jannet arrive à la conclusion suivante, mais c’est celle qui l’intéresse et qui va tenir lieu de justification pour la suite du lobbying : « En clair, grâce aux contenus de la presse en ligne, Google améliore jour après jour son revenu. ».

Au total ce nouvel argumentaire ne tient en réalité pas plus la route que le précédent. Va-t-il sauver suffisamment les apparences pour convenir au ministère de la Culture ?

Mais sur le fond, le plus grave, c’est que la presse demande donc que soit établi à son bénéfice exclusif un précédent : « la mise en place d’un droit voisin » sur les liens du web. Autrement dit il y aurait les « bons » contenus bénéficiant de reversement de taxes parce qu’ils proviennent de professionnels encartés, et les « mauvais » contenus, tous les autres (on note à ce propos que la presse en ligne se bat depuis des années pour un alignement de ses droits avec ceux de la presse papier, considérée de facto comme plus « noble »). Même avec beaucoup d’optimisme, difficile d’imaginer comment cela pourrait être bénéfique pour quiconque.

Ce lundi, Eric Schmidt (président exécutif de Google) est reçu par la ministre, Aurélie Filippetti, après que le président Hollande ait déclaré dans le courant de la semaine dernière à des représentants de la presse que la loi demandée serait votée au plus tard en janvier 2013. Autrement dit, la conclusion est déjà écrite, et maintenant nous allons négocier.

 

 

 

IPv6 ICMP “packet too big” filtering considered harmful

If you intend to seriously run Internet servers or firewalls in the future (hence, IPv6 servers and firewalls), please read this.

This problem is so well-known, so old and yet still so unfixed and pervasive nowadays that, after pulling my hair for days on many hanging or time-outing IPv6 sessions, I felt I had to write this.

Executive summary: there are a huge number of sites with misconfigured firewalls who filter out “ICMP6 packet too big” packets. This breaks Path MTU discovery, causing hanging or broken IPv6 sessions.

Many sites unknowingly assume that the Internet MTU is at least 1500 bytes. This is wrong, whether in IPv4 or IPv6.

Many Internet hosts are connected through tunnels reducing the real MTU. Use of PPPoE for example, on ADSL links, reduces the MTU by a few bytes, and use of 6rd (“6 rapid deployment” tunneling) reduces it more than that. As 6rd is used extensively in France (Free ISP), this is a big problem.

1. The symptom: hanging IPv6 connections

Here’s a sample capture for a request where the server has more than 1 data packet.

08:39:57.785196 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738 > 2001:xxx.43: S 165844086:165844086(0) win 65535 <mss 1440,nop,wscale 3,sackOK,timestamp 901

08:39:57.807709 IP6 2001:xxx.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738: S 883894656:883894656(0) ack 165844087 win 14280 <mss 1440,sackOK,timestamp 2377433946 90108,nop,wscale 7>

08:39:57.808452 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738 > 2001:xxx.43: .ack 1 win 8211 <nop,nop,timestamp 90132 2377433946>

08:39:57.808655 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738 > 2001:xxx.43: P 1:9(8) ack 1 win 8211 <nop,nop,timestamp 90132 2377433946>

08:39:57.833052 IP6 2001:xxx.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738: .ack 9 win 112 <nop,nop,timestamp 2377433972 90132>

08:39:57.888981 IP6 2001:xxx.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738: P 1:1025(1024) ack 9 win 112 <nop,nop,timestamp 2377434026 90132>

(missing packet here : 1025:2453 containing 1428 bytes)

08:39:57.889315 IP6 2001:xxx.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738: FP 2453:2723(270) ack 9 win 112 <nop,nop,timestamp 2377434027 90132> 08:39:57.890100 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.39738 > 2001:xxx.43: .ack 1025 win 8211 <nop,nop,timestamp 90213 2377434026,nop,nop,sack 1 {2453:2723}>

(session hangs here, unterminated because of the missing bytes)

This is difficult to debug as modern Unices have a “TCP host cache” keeping track of Path MTUs on a host-by-host basis, causing the problem to suddenly disappear. in unpredictable ways depending on the size of transmitted data.

2. A sample successful session with working trial-and-error Path MTU discovery

10:09:55.291649 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948 > 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43: S 1032533547:1032533547(0) win 65535 <mss 1440,nop,wscale 3,sackOK,timestamp 5487603 0>

10:09:55.291787 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948:S 3695299654:3695299654(0) ack 1032533548 win 65535 <mss 1440,nop,wscale 3,sackOK,timestamp 3185067848 5487603>

10:09:55.316234 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948 > 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43: . ack 1 win 8211 <nop,nop,timestamp 5487628 3185067848>

10:09:55.317965 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948 > 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43: P 1:9(8) ack 1 win 8211 <nop,nop,timestamp 5487628 3185067848> 10:09:55.417301 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948: . ack 9 win 8210 <nop,nop,timestamp 3185067974 5487628>

Now the big packet that was missing in the broken session above:

10:09:56.084457 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948: . 1:1429(1428) ack 9 win 8210 <nop,nop,timestamp 3185068641 5487628>

The 6rd gateway replies with an ICMP6 message:

10:09:56.085221 IP6 2a01:e00:1:11::2 > 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1: ICMP6, packet too big, mtu 1480, length 584

Missing data is retransmitted by the server using a lower packet size (and an entry is created in the server’s host cache to remember that):

10:09:56.085489 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948: . 1:1409(1408) ack 9 win 8210 <nop,nop,timestamp 3185068642 5487628> 10:09:56.085522 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.40948: . 1409:1429(20) ack 9 win 8210 <nop,nop,timestamp 3185068642 5487628>

Then the connection goes on to correct completion (no use showing the packets here).

Interestingly, trying an identical request then shows that the MSS negotiation takes the host cache into account, with a MSS set to 1420 instead of 1440 from the start in the server reply:

10:10:14.053218 IP6 2a01:e35:8b50:2c40::7.20482 > 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43: S 2231600544:2231600544(0) win 65535 <mss 1440,nop,wscale 3,sackOK,timestamp 5506365 0>

10:10:14.053382 IP6 2a01:e0d:1:3:58bf:fa61:0:1.43 > 2a01:e35:8b50:2c40::7.20482: S 2676514636:2676514636(0) ack 2231600545 win 65535 <mss 1420,nop,wscale 3,sackOK,timestamp 1128201317 5506365>

3. The simple fix

The fix is dead simple: just make sure that your filters are configured so that ICMP6 “packet too big”, type number 2, messages are correctly transmitted end-to-end, and correctly handled.

 

Le parcours du combattant de l’abonné FTTH français en copropriété

(suite de mes pérégrinations débutées ici)

Les opérateurs délivrant de la fibre jusqu’à l’abonné (dite “FTTH”) sont au nombre de 3 :

  • FT/Orange
  • SFR
  • Free

On peut y ajouter Numéricâble qui est un cas particulier. Numéricâble est un cablo-opérateur de télévision qui a ajouté à son offre, à la fin des années 90, l’accès à Internet utilisant la technologie DOCSIS. Il ne délivre pas de la fibre jusqu’à l’abonné mais du câble coaxial cuivre pour télévision (quoiqu’il semblerait que Numéricâble fournisse maintenant de la “vraie” fibre FTTH mais je n’en sais pas plus).

Alors comment obtenir la fibre chez soi ?

Signature d’une convention avec un opérateur d’immeuble (OI)

Pour cela, il faut procéder au vote d’une résolution en assemblée générale. Le plus économique est de le faire lors de l’assemblée générale annuelle, afin de ne pas multiplier les convocations coûteuses.  Cette résolution donne l’autorisation au syndic d’immeuble de signer une convention avec un opérateur.

Or, les opérateurs se déplacent rarement avant d’avoir une convention signée, et ne peuvent vérifier la faisabilité technique qu’en se déplaçant.

Par ailleurs, comme je l’ai expliqué précédemment, Free s’est retiré de l’activité d’opérateur d’immeuble, et les autres opérateurs semblent éviter de (ou ne peuvent) se rendre dans les immeubles où Numéricable a été choisi comme opérateur d’immeuble.

Les deux seuls fournisseurs d’accès également opérateurs d’immeuble existant à Paris (et a priori c’est le cas par défaut dans toutes les grandes villes, à part les exceptions locales) à l’heure actuelle sont donc SFR (voir ici) et Orange (ici).

Mais il existe la possibilité d’être simplement opérateur d’immeuble sans être fournisseur d’accès, c’est par exemple ce qui se passe dans les Hauts de Seine avec Sequalum (merci à J.-B. Favre). On peut même imaginer des syndics d’immeuble qui seraient leur propre opérateur.

De plus, il est évidemment impossible d’être certain qu’un opérateur pressenti installera effectivement la fibre. Il a 6 mois pour le faire, après quoi la convention est caduque et il faut procéder à la signature avec un autre opérateur, en général à l’assemblée générale annuelle suivante. Sauf convocation exceptionnelle on peut donc perdre un an, c’est ce qui est arrivé dans ma copropriété.

Il est donc conseillé de rédiger une résolution d’AG “générique”, du style “accord de principe pour signer une convention avec un opérateur pour la pose de fibre, avec pouvoir au conseil syndical pour le choix de l’opérateur”, plutôt qu’une résolution nommant explicitement un opérateur.

Arrivée de l’opérateur d’immeuble

Une fois la convention signée, dans un délai de 6 mois, l’opérateur va venir :

  • effectuer un repérage des lieux pour le câblage horizontal (arrivée en bas d’immeuble) et le câblage vertical (relier les étages) et faire viser un dossier de travaux par le syndic d’immeuble ;
  • tirer une fibre de son réseau métropolitain jusqu’au bas d’immeuble
  • installer en bas d’immeuble un “point de mutualisation” permettant aux autres opérateurs de desservir l’immeuble
  • installer le câblage dit “vertical” pour desservir chaque bâtiment et chaque étage

Ces opérations prennent un certain temps. La pose effective du câblage vertical demande 1 ou 2 jours de travaux.

Création d’un accès abonné

Tout n’est pas encore prêt pour s’abonner à n’importe quel opérateur. !

  • cas le plus simple : on souhaite s’abonner à l’opérateur d’immeuble. Celui-ci envoie alors un technicien qui va procéder au raccordement de l’appartement, en posant un câble optique de l’armoire de palier (desservie en câblage vertical) jusqu’à l’appartement. Eh oui, les appartements ne sont pas systématiquement raccordés complètement lors du câblage vertical, en raison des coûts induits et des contraintes logistiques d’accès !
  • cas plus compliqué : on souhaite s’abonner à un autre opérateur.. C’est possible. Il faut alors que celui-ci pose à son tour une fibre horizontale jusqu’au bas d’immeuble, ou qu’il réutilise une fibre horizontale existante posée par un opérateur déjà présent (ce cas semble rare mais il existe entre SFR et Orange, voir les commentaires), puis se mette en contact avec l’opérateur d’immeuble pour être raccordé au point de mutualisation local. Il ne lui reste alors plus, comme ci-dessus, qu’à poser du câblage d’étage pour desservir l’appartement désiré.

Les délais ?

Il faut d’abord penser à intégrer une résolution à l’ordre du jour de l’assemblée générale suivante. Délai légal de convocation : 1 mois (il n’y a pas si longtemps, il me semble me souvenir que c’était seulement 2 semaines…)

Puis, si la résolution est votée, signer et envoyer la convocation, et attendre le passage de l’opérateur pour le repérage : de 1 semaine à 1 mois (estimation au doigt mouillé)

Puis pour les travaux : de 1 semaine à un mois pour attendre son tour (estimé aux entrailles de poisson), puis 1 ou 2 jours de pose horizontale + verticale.

Puis , pour un abonnement à l’opérateur d’immeuble ou un opérateur déjà présent : de 1 semaine à 1 mois (estimation marc de café), 1 ou 2 heures de pose.

Pour un abonnement à un autre opérateur non présent : repérage + pose fibre horizontale, de 1 à 3 mois (estimation astrologique), raccordement au point de mutualisation après accord avec l’opérateur d’immeuble : quelques semaines, pose chez l’abonné : idem ci-dessus.

Les totaux sont assez déprimants :

  • presque 2 mois d’attente dans le meilleur des cas, si l’on a la chance de s’y prendre juste avant l’AG et dans les délais.
  • probablement plutôt 3 à 4 mois si l’on fait vite côté immeuble et syndic mais que l’opérateur prend du temps ;
  • au pire, 8 à 9 mois si l’on fait vite côté immeuble et syndic mais que  l’opérateur ne réalise les travaux qu’à la fin de son délai de 6 mois
  • à quoi il faut ajouter 11 mois pour attendre la prochaine AG annuelle si elle vient juste d’avoir lieu

Ajoutez un mauvais suivi de la part du syndic (cas très fréquent), une mauvaise compréhension des procédures, un opérateur faisant faux bond, et vous pouvez facilement perdre des années supplémentaires.

Ainsi dans notre immeuble les démarches (signature de la première convention) ont été initiées en mars 2008 ; 4 ans 1/2 plus tard il faut tout reprendre à zéro.

Conclusions

  • ne pas s’étonner de la faible demande pour la fibre, vu le parcours du combattant qui précède et demande une sérieuse motivation de la part du syndic d’immeuble et conseil syndical, les opérateurs ne venant absolument solliciter personne.
  • ne pas s’étonner du retard français

Sans être grand devin, il est facile de voir que ce retard ne sera pas résorbé dans les années qui viennent, bien au contraire, puisque :

  • aucun changement législatif ou organisationnel ne semble actuellement en préparation pour simplifier cette procédure ;
  • le sujet qui intéresse l’ARCEP et les opérateurs est le déploiement du VDSL2, qui à moindre coût donnera une “seconde vie” au cuivre du siècle dernier ;
  • les opérateurs préfèrent investir dans la téléphonie mobile 4e génération (LTE), potentiellement plus rémunératrice.

Et grands merci à @_Galak_ et @lprevosto (sur Twitter) ainsi que l’assistance SFR qui m’ont grandement aidé à mieux comprendre ce qui précède…

Quant à Orange, c’est l’électroencéphalogramme totalement plat, aucune nouvelle d’eux directe ou indirecte, 9 jours après le premier contact avec l’assistance qui m’a assuré afin de me forcer à raccrocher que l’on allait “me rappeler”.

Mise à jour : suites

FTTH en France, saison 6 : du rififi chez le syndic, relance du dossier et repérage v2

Installation de la fibre (FTTH), suite de la saison 5.

 

Signalspam, emailvision, gmail et le spam

(petit texte résumant/archivant un ensemble de tweets réalisés ce matin)

Ce matin, je tombe sur ce tweet de Stéphane Bortzmeyer : Si vous doutiez encore que SignalSpam, c’est du pipeau :  http://eric.bachard.org/news/index.php?post/2012/07/20/Une-histoire-de-spam-…-et-de-spammeurs

J’ai déjà parlé ici de SignalSpam.

Et en effet, en fouinant dans mon dossier de spam, je constate que le prestataire concerné (emailvision), dont SignalSpam se gargarise du partenariat, m’a envoyé 104 spams depuis 8 mois exactement, sans compter une newsletter expédiée pour le compte de Bouygues Télécom dont personne n’arrive à me désabonner depuis des mois, ni moi-même via les procédures prévues pour cela, ni le support Bouygues lui-même.

Bref, voici l’incantation pour mutt pour trier tout ça avant envoi à SignalSpam. Cela risque de ne pas servir à grand chose, mais c’est vite fait :

l ~h ^X-EMV-CampagneId:

Vérifiez les messages et marquez (tag : t) ceux qui sont effectivement des spams. 241 sur 261 dans mon cas, car emailvision est opérateur de newsletters pour des sociétés, ce qui lui permet de nier de toute responsabilité dans l’exploitation de listes d’adresses collectées par détournement de finalité. 241/261 est donc le ratio de spam et on voit que l’activité réelle hors spam est réduite à la portion congrue.

Soumettre (avec le script ci-dessous) à SignalSpam :

;| signalspam votremotdepasse

Mon script Python est là et fonctionne encore : http://signal.eu.org/blog/wp-content/uploads/2007/05/signalspam.txt

Google n’est pas en reste puisque ce même matin j’ai reçu 11 spams d’un compte Gmail parfaitement valide, via Google Groups, sans aucun lien abuse pour les plaintes.

Lossless import of MPEG-TS or HDV video files to iMovie

Here’s a little trick I learned and wanted to share. As it’s not complete, comments and additional hints are welcome!

The problem

I have a Canon HDV camcorder with many hours of HDV video. HDV is mpeg2-compressed video with a bitrate of about 25 Mbps.

I also have a MacOS X computer where I can run iMovie, Apple’s consumer-grade video editing application.

The camcorder video can be easily imported to FreeBSD using the built-in fwcontrol tool. It generates MPEG-TS files (mostly like IP TV channels) which read nicely in vlc, mplayer and other video tools. It’s easy and reliable.

The video can also be imported directly from the camcorder to iMovie, but it is painful and not adapted to easy archiving of the rushes. The import process is slow and buggy and you often have to rewind the tape and restart it.

I wanted to get the best of both worlds — fwcontrol’s easy import followed with iMovie editing.

But iMovie doesn’t know how to directly import MPEG-TS files. It can only import video from .mov (Quicktime) or .mp4 (MPEG4) containers. It’s difficult to know which video codecs are supported by iMovie but it seems to accept MPEG2, which means it can losslessly import HDV files, it’s just a matter of converting their container format from MPEG-TS to Quicktime.. It saves us from the slow, error-prone, lossy and painful process of transcoding.

So how do you do that?

The (mostly complete) solution

Here’s the incantation that mostly works for me. input.mpg is my MPEG-TS file; it can come from a fwcontrol import or from a IPTV capture (Freebox file for example); output.mov is the resulting Quicktime-container file:

ffmpeg -i input.mpg -acodec copy -vcodec copy output.mov

On my server (a double-core Intel Atom D525 processor with SATA disks, ie not a very fast machine) it converts at about 80-100 frames per second (3x to 4x real time), which is very fair (IO bound probably) and 12 to 20 times faster than transcoding the video.

From an IPTV capture you may have to explicitly transcode audio to AAC using -acodec libvo_aacenc instead.

Your second-best bet if the above doesn’t work is to let ffmpeg make a (much slower) almost-lossless transcoding to MPEG4, using option -sameq, yielding a bigger file (was almost twice as big as the original in my trials):

ffmpeg -i input.mpg -acodec copy -sameq output.mov

It works, but…

Why do I say it mostly works? Because there are two remaining gotchas:

  1. the original video timestamps (date and time of the video) are lost and set to the date and time of the conversion process — it’s constant and doesn’t even increment throughout the file duration. It is probably a ffmpeg bug. I tweaked the import with -copyts option but this apparently handles the time index from the camcorder (duration from the beginning of the tape). This may (or may not) be related to the following error message from ffmpeg: [NULL @ 0x806c1d920] start time is not set in av_estimate_timings_from_pts
  2. iMovie doesn’t seem to grok huge files. It works for a couple hundred megabytes, but not for a couple gigabytes. So you may have to split files take by take, and I don’t know how to do that easily, especially given the above regarding broken timestamps.

Thanks to Benjamin Sonntag for the excellent idea of using ffmpeg for this 😉

Comments and especially clues/solutions more than welcome 😉

Petites expériences de couverture de Free Mobile

La mise en service du réseau Free Mobile est l’objet de polémiques, notamment en provenance des 3 opérateurs déjà installés qui voient d’un mauvais œil l’apparition d’un nouveau concurrent sur ce marché rémunérateur. Les mauvaises langues ont été jusqu’à prétendre que toutes les antennes Free étaient éteintes.

Or il est très facile de faire soi-même quelques vérifications, sans avoir pour cela besoin d’huissiers ou de spécialistes.

J’ai utilisé les fonctions de base de mon téléphone, et aussi l’application Android Sensorly, qui permet de collecter des relevés et de les envoyer via Internet pour la constitution de cartes de réception des opérateurs. Ces cartes sont accessibles sur le web : ainsi voici les cartes des couverture des antennes Free et antennes Orange, ou des antennes Free seules.

Vous pouvez voir avec votre téléphone si une antenne Free se trouve à proximité, même si vous n’avez pas de SIM Free. Dans Android il faut se rendre dans Paramètres > Sans fil et réseaux > Réseaux mobiles > Opérateur de réseau et vous obtiendrez une page similaire à celle-ci :

(cliquer sur les images pour les agrandir)

FRA-15 est l’identifiant des antennes Free “natives”. Si cet identifiant apparaît, c’est qu’une antenne de cet opérateur est à portée de réception.

Si par contre vous avez une SIM Free, vous verrez ceci :

Le premier “Free” est celui qui apparaissait précédemment comme FRA-15, le second est en réalité Orange. Un accord a été passé entre les deux opérateurs pour masquer le nom d’Orange aux abonnés Free, afin sans doute d’éviter de les traumatiser. Si un seul Free apparaît, c’est ou bien qu’il n’existe qu’une antenne Orange à portée et pas d’antenne Free, ou bien le contraire (le premier cas étant le plus probable actuellement, Orange ayant une meilleure couverture).

.Il est alors possible de sélectionner le 1er Free (du moins sur mon téléphone il a toujours figuré en premier… on le remarque par le temps d’accrochage beaucoup plus long que chez Orange, en raison de la réception difficile) pour tenter de s’identifier sur cette antenne “native”. La présence d’une antenne Free “native” ne signifie pas automatiquement qu’il est possible de l’utiliser (elle peut être trop lointaine pour recevoir les signaux de notre téléphone).

On peut ensuite avec vérifier dans la page “Détails” de l’application Sensorly, qui en profitera pour effectuer un relevé. Sur ce premier exemple, bien que MCC/MNC soient bien ceux de Free (208-15), la tentative d’accrochage n’a pas encore abouti, comme le montrent les champs LAC et Cell Id à 0 ainsi que le petit “x” en haut, dans les barres de réception :

Sur l’exemple qui suit, le téléphone s’est enfin accroché sur l’antenne Free et est donc en mesure d’indiquer le Cell Id. Il m’a fallu de nombreux essais depuis différents lieux avant d’y arriver. La mention “No connection” semble indiquer que la connexion n’est pas utilisable, pourtant j’ai déjà réussi à passer des appels ainsi, même avec des barres de réception en haut de l’écran restées grises au lieu de passer en vert :

 

Avec l’application GSM Signal Monitoring: on obtient un peu plus d’informations. On note que le Cell-Id affiché n’est pas le même qu’avec Sensorly, pourtant il s’agit très probablement de la même antenne. On peut voir également à la couleur orange-rouge de la barre que l’application juge le niveau de réception (-91 dBm) relativement faible. Cela s’explique sans doute par la distance de l’antenne, de 600 mètres en zone urbaine dense. Théoriquement cette application donne la liste de toutes les antennes avec leur niveau de réception, en pratique sur mon téléphone il n’y en a jamais plus d’une visible à la fois, même avec un autre opérateur que Free.

 

 

 

 

 

 

 

Pendant ce temps Sensorly collecte les informations sur les antennes visibles, comme le montre la petite icone en haut de l’écran.

La carte “statique” des antennes répertoriées indique encore un autre identifiant pour l’antenne (toujours très probablement la même) : 780262.

Et on voit ci-dessous, après envoi des données que j’ai collectées, le résultat sur la carte Sensorly (malheureusement il n’est pas possible d’indiquer directement un lieu et niveau de zoom sur la carte). Il a fallu patienter un peu pour que le cache des dalles de la carte soit remplacé par les données à jour. Mon trajet est clairement visible !

 

 

Vidéo HD : caméscope ou appareil réflex ?

Vue la popularité croissante des appareils photo réflex permettant l’enregistrement de vidéos HD, on entend parfois affirmer qu’ils remplacent (ou vont remplacer) les caméscopes.

Pourtant, pour utiliser ces deux types d’appareils, je peux dire que les usages que j’en fais n’ont pas grand chose à voir.

Le caméscope HD :

  • dispose d’un autofocus en continu qui permet le recadrage à tout moment ;
  • possède une autonomie d’au moins 1 à 2 heures pour filmer en continu (que ce soit sur cassette magnétique ou disque dur) ;
  • dispose d’un viseur interne bien visible même en plein soleil ;
  • reste allumé jusqu’à 5 minutes en pause, entre deux prises.

L’appareil réflex souffre en partie des contraintes techniques imposées par le miroir relevable de la visée réflex :

  • nécessite généralement une mise au point fixe pendant la durée du plan, ou mise à jour au jugé avec les risques d’imprécision que cela comporte ; le capteur (donc l’ouverture) étant grand, la profondeur de champ est réduite, ce qui ne favorise pas la netteté générale, même si l’aspect “cinéma” est plaisant ;
  • préfère les plans fixes, pour la même raison ;
  • ne présente qu’un écran LCD pour la visée (le viseur optique est désactivé), ce qui s’avère extrêmement peu pratique et quasiment inutilisable au soleil ;
  • ne possède qu’une autonomie réduite : petite batterie et nécessité de conserver l’écran LCD allumé, ce qui l’oblige à s’éteindre assez rapidement lorsqu’on n’effectue pas une prise de vue (au bout de 30 secondes sur le mien)
  • en revanche, le temps de démarrage que permet l’absence de cassette ou disque est bien plus réduit.

Enfin, sur l’autonomie “en déplacement” (vacances…), les cassettes magnétiques sont imbattables : environ 2€ par heure d’enregistrement (13 Go en HDV), à comparer avec le prix des cartes mémoires.

En conclusion : non, les réflex numériques ne sont pas prêts à remplacer les caméscopes dans une utilisation loisirs/famille classique pour des prises de vue longues et peu ou pas préparées.

En revanche, ils sont pratiques pour certains usages bien précis :

  • de la prise de vue courte, “rapide et sale”, façon vidéo pour Youtube, mais de qualité : infiniment mieux que ce que l’on obtiendra avec un téléphone portable.
  • à l’extrême opposé, de la prise de vue “pro” façon cinéma avec préparation : sur trépied, plan fixe, éclairage soigné. Dans ce cadre, les contraintes dues au réflex sont parfaitement habituelles.

Ce sont les conclusions auxquelles je suis arrivé après quelques mois de cohabitation des deux systèmes. Mais la technique évoluant vite du côté des réflex, il est probable que ces conclusions seront à revoir dans quelques années.

Internet à l’Élysée : rétropédalage politique pour 2012 en sept actes

Acte I : la loi Hadopi

Les lois HADOPI 1 (Haute Autorité  pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet) et HADOPI 2 sont bien connues aujourd’hui. Suites de la loi DADVSI, ce sont de nièmes lois de commande destinées à protéger les ayants-droit de la musique et du cinéma, établies au nom de notre exception culturelle bien française (les états-uniens, ces vilains, ont tendance à considérer ces arts comme une industrie ; chez nous ils relèvent du ministère de la Culture, qui n’a heureusement rien à voir avec de sordides problématiques pécuniaires).

Nicolas Sarkozy veut ainsi civiliser Internet. Ce sont ses mots.

Or chacun sait, dans les milieux techniques liés à l’informatique et au réseau, qu’il n’existe strictement aucun moyen d’empêcher de façon fiable la copie d’une information numérique. Chacun le sait, et chacun l’a dit et répété. Cette analyse a été présentée en annexe du rapport Olivennes-Faure, qui avait été commandé par le gouvernement de l’époque pour recommandations préalables aux lois DADVSI puis HADOPI. Il ne s’agit pas d’un tour de passe-passe idéologique visant à légitimer le piratage éhonté des contenus — que la plupart des intervenants, sur le fond, condamnent –, mais de la simple constatation d’un fait.

En outre, chacun sait, et chacun a également dit et répété, que toute mesure de filtrage sur Internet est délicate à mettre en œuvre, d’une part pour des raisons techniques, d’autre part et surtout parce qu’elle met en jeu la liberté d’expression et d’information dans nos démocraties. Au minimum, on est en droit d’espérer que l’exercice de cette censure fasse l’objet d’une procédure judiciaire en bonne et due forme.

Cela n’a pas empêché le gouvernement et le rapporteur, Franck Riester, d’ignorer superbement tous ces avertissements pour faire voter la loi Hadopi, puis la loi Hadopi version 2 suite à la censure par le Conseil Constitutionnel d’un article important, dans des circonstances rocambolesques — lire les résumés sur Wikipedia dont j’ai donné les liens en haut d’article.

L’autorité créée par cette loi, la HADOPI, a commencé réellement son activité à la rentrée 2010, pour le modeste budget de 12 millions d’euros. Elle est supposée envoyer des courriers électroniques d’avertissement, avec l’aide des fournisseurs d’accès français, aux internautes qui copieraient illégalement des œuvres, se rendant ainsi coupables de contrefaçon ; puis, s’ils persistent dans l’erreur, à couper purement et simplement leur accès à Internet, à l’exception de la télévision et de la téléphonie. On note au passage avec intérêt la hiérarchie de valeurs imprimée dans l’esprit du législateur français : seuls les moyens de communication existant depuis plus de 70 ans ont l’honneur de se voir réellement protégés. Apparemment, Internet n’est pas aussi essentiel dans la vie de tous les jours que le téléphone et la télévision. Cette distinction n’a rien d’anecdotique, elle est au contraire au cœur du problème.

À ce jour, fin 2010, les résultats de la HADOPI ne sont pas au rendez-vous (une vraie surprise…). Le piratage ne semble pas avoir sensiblement régressé ; l’activité « pédagogique » (envoi de courriers électroniques), pourtant la plus facile à mettre en œuvre, semble très largement en deçà des quotas initialement annoncés de 50.000 adresses par jour. Cela semble étonnant, mais on verra plus bas qu’il y a une excellente explication pour cela.

Fin de l’acte I.

Acte II : le rabot fiscal

Suite à la crise financière, devant la nécessité de réduire le déficit du budget de l’État, plutôt que d’essayer de réduire son train de vie (cf par exemple ci-dessus : budget Hadopi), la solution française est bien connue : inventer de nouveaux impôts, augmenter les impôts existants et supprimer les niches fiscales.

Nous avons donc pu assister au rabotage récent du statut de jeune entreprise innovante (JEI) et du Crédit Impôt-Recherche ; rabotage qui désole beaucoup de créateurs d’entreprises de technologie.

Nous allons également assister dans les jours qui viennent à la remontée, déjà votée, du taux de TVA sur les accès ADSL, et qui s’applique au 1er janvier 2011. Cette mesure irrite les fournisseurs d’accès et abonnés Internet, qui ont la désagréable impression d’être une nouvelle fois les dindons de la farce.

Acte III : Wikileaks

Là dessus, interviennent les déclarations fracassantes d’Éric Besson, à peine arrivé à l’économie numérique (en remplacement de la regrettée Nathalie Kosciusko-Morizet), souhaitant éjecter Wikileaks des serveurs français qui l’hébergent par une lettre de mission à Pascal Faure (CGIET) qui restera dans les annales. On est là en plein dans la mission « civilisatrice ».

Nouvel émoi. Rigolade (jaune) lorsqu’une fuite du conseil des ministres laisse entendre que le président a confondu Wikipedia avec Wikileaks.

Acte IV : l’annonce du déjeuner de bloggueurs influents

Le président de la République, en homme de dialogue, bien conseillé par son entourage et manifestement conscient de la grogne et de la gêne grandissantes dans un secteur d’avenir qui lui tient particulièrement à cœur (au moins en discours), a cherché a renouer le contact en invitant quelques « personnalités » de l’Internet français pour un déjeuner informel à l’Élysée, le jeudi 16 décembre.

Et là, les choses deviennent très intéressantes pour qui veut s’informer sur le fonctionnement de notre démocratie, les pratiques de nos hommes politiques et la constitution de microcosmes, voire de connivences.

La liste des personnes invitées a été publiée :

  • Xavier Niel, fondateur d’Iliad et patron de Free ;
  • Jean-Michel Planche, fondateur d’Oléane et président de Witbe ;
  • Daniel Marhely, président de Deezer ;
  • Maître Eolas, blogueur et avocat ;
  • Nicolas Vanbremeersch, blogueur (Meilcour.fr, ex-Versac) et fondateur de Spintank ;
  • Eric Dupin, blogueur (Presse Citron) ;
  • Jacques-Antoine Granjon, président de vente-privée.com ;
  • Jean-Baptiste Descroix-Vernier, directeur de Rentabiliweb.

Un choix varié, entrepreneurs comme « blogueurs » relativement connus, qui n’ont pas dû se faire prier : quand on a l’honneur d’être invité à l’Élysée par le président de la République, en général, on y va ; ou on explique comme l’a très bien fait Korben pourquoi on a de très bonnes raisons de refuser.

Acte V : le passage de la loi LOPPSI

Par un amusant hasard du calendrier parlementaire, c’est la nuit précédant le repas suscité qu’a été votée en 2e lecture à l’assemblée la loi LOPPSI sous la férule de Brice Hortefeux et de Éric Ciotti. Chacun pouvait assister à sa retransmission en direct sur le site Internet de l’assemblée. Dans un hémicycle quasiment vide en fin de soirée, on pouvait voir les rares députés présents rejeter en bloc les amendements de bon sens proposés, y compris ceux provenant de députés UMP comme Laure de la Raudière ou Lionel Tardy. Sans parler évidemment de ceux des très rares députés d’opposition présents, Patrick Braouzec et Patrick Bloche. Un processus similaire à celui de l’adoption de la loi HADOPI, avec un résultat qui laisse à désirer pour les mêmes raisons : adoption du filtrage d’Internet vis à vis des contenus pédopornographiques sur simple décision administrative, sans intervention d’un juge, sans même la moindre transparence sur les sites visés. Préférence pour la censure des contenus plutôt que pour l’action contre les actes répréhensibles : la définition même de la tartuferie.

En somme, on préfère l’affichage médiatique de petits bras musclés plutôt que l’efficacité, comme dans le cas d’HADOPI.

Il ne faut probablement pas attendre grand chose du passage en 2e lecture au sénat pour améliorer la loi, il ne reste donc plus que le conseil constitutionnel.

Acte VI : le déjeuner

Le décor est posé, les lois sont quasiment votées dans leur ensemble d’une manière irréversible à court terme. Le moment est donc idéal pour que le président de la République, à l’approche de l’échéance électorale de 2012, puisse afficher la volonté de dialogue qui a toujours caractérisé son action. En effet, un calcul rapide permet de constater que les internautes échaudés par HADOPI et LOPPSI sont probablement un petit peu plus nombreux que les ayants-droit comme Johnny Hallyday, ses collègues et leurs producteurs. Transposé en voix aux élections de 2012, cela pourrait se traduire par un sérieux handicap pour le parti du président.

Cela serait encore plus fâcheux si l’HADOPI prenait sa pleine puissance d’envoi de courriers pédagogiques, se transformant par là même en arme de destruction massive de voix pour l’UMP.

C’est donc là que nous entrons de plain-pied dans la haute politique pré-électorale.

Quatre convives ont fait des compte-rendus directs ou indirect du repas, les voici. Je vous invite à les lire car il est difficile de les paraphraser :

On trouve également les traditionnelles photos sur le perron.

Les déjeuners à l’Élysée ne sont pas rares, mais, fait notable, c’est sans doute la première fois que l’on peut en lire plusieurs compte-rendus aussi directs, qui ne sont pas passés par le filtre aseptisant des médias classiques. Il est ainsi possible d’entrevoir les avis divergents, les points communs, le tout dans une grande transparence, dont on peut très sincèrement remercier les intéressés.

Acte VII : le Conseil

Pour résumer, le président veut établir un dialogue et, pour cela, propose en particulier d’établir une sorte de Conseil National du Numérique (pas forcément sous ce nom), qui était déjà dans les cartons après la fermeture des quelques instances similaires l’ayant précédé. Faire et défaire…

Outre l’opportunisme de la démarche, déjà noté ci-dessus ainsi que dans certains compte-rendus, on peut voir là le réflexe classique de l’homme politique lorsqu’il perd pied : créer une instance « représentative » (il ne s’agit pas forcément qu’elle soit réellement représentative, mais il faut quand même qu’elle en ait l’air). Cela permet :

  • d’établir un dialogue, au moins apparent, ce qui est d’autant plus essentiel qu’en fait la messe est dite et les lois déjà  votées — en entreprise, on appelait cela le management participatif ;
  • de se débarrasser des patates chaudes en les déléguant ;
  • d’avoir un fusible à faire sauter en cas de problème, par remplacement, comme dans un gouvernement ;
  • de déléguer la communication des mauvaises nouvelles en utilisant éventuellement les titulaires de la fonction comme cautions morales en fonction de l’aura qu’ils ont pu acquérir par ailleurs dans une vie antérieure ;
  • de montrer qu’on agit pour résoudre les problèmes ;
  • de distribuer des postes honorifiques à des gens méritants, compétents ou populaires — en en faisant, le cas échéant et s’ils ne le sont déjà, des obligés, dans un classique échange de bons procédés ;
  • éventuellement — l’improbable n’est jamais exclu –, d’avancer réellement.

Ce type de mécanisme est parfaitement connu, bien rodé et largement pratiqué. Il peut même fonctionner si les objectifs stratégiques sont clairement établis, ce qui est souvent le cas lorsqu’à l’extrême on souhaite calmer ou satisfaire tel ou tel lobby.

Mais dans le cas du numérique ? Que recouvre ce mot, d’ailleurs ? Et même si on se limite à Internet ?

L’écosystème d’Internet n’est pas homogène au même titre que l’industrie musicale, et ne peut donc pas constituer un lobby, même au sens noble du terme.

Internet est un croisement bizarre entre la technologie informatique, l’anarchie et l’esprit d’entreprise, mélange hétérogène difficile à appréhender pour les hommes politiques, et à plus forte raison par ceux qui n’y mettent pas les pieds.

Internet étant une agglomération d’intérêts variés et souvent divergents (particuliers de tous milieux et de tous âges, fournisseurs d’accès « purs » ou telcos reconvertis tant bien que mal, éditeurs de contenus, fabricants de matériel, universitaires, chercheurs, commerçants, PME…, en somme des citoyens de toutes origines), il semble difficile de le faire représenter en tant que tel ; problématique qui s’est déjà présentée, à plus petite échelle et de manière beaucoup plus informelle, pour le choix des convives à inviter…

Épilogue

En conclusion, la chose qui me semble évidente est que la création d’un tel conseil serait, avant tout, un bel aveu d’impuissance de la part du pouvoir politique. C’est l’ensemble des mœurs et mentalités politiques françaises qui doit être rénové et modernisé, adapté au numérique et à Internet, plutôt que l’inverse. La conclusion de Versac (paragraphe titré “manque d’ambitions”…) me semble bien résumer la question et aller dans un sens intelligent. Et comme le dit Jean-Michel Planche : on n’est pas à l’abri d’un coup de chance.

Quant à la malheureuse HADOPI, on voit qu’elle est coincée entre le marteau-ayants-droit et l’enclume-UMP-2012. S’il était facile de voter une loi d’affichage pour satisfaire les premiers, il va être plus difficile de jouer la montre pendant encore 18 mois pour envoyer le moins possible de courriers pédagogiques. D’ailleurs, aux dernières nouvelles, il semblerait que les ayants-droit commencent à découvrir la nature du problème…

Mise à jour du 21 décembre 2010 : Nicolas Sarkozy, le retour du candidat numérique (tout un programme), point de vue de Pierre Chappaz sur le déjeuner, et sur l’annonce officielle d’Éric Besson de ce jour (création du CNN, …).