Le dernier métier à la mode est celui de rebouteux-web, aussi appelé (expert en) SEO pour Search Engine Optimization, littéralement optimisation pour moteurs de recherche. En français on parle plutôt de référencement ; et principalement il s’agit d’être référencé sur Google, c’est à dire être bien placé dans les résultats de ce moteur, de préférence sur la première page, et idéalement en première position.
Vu la polémique provoquée par une page concernant les pratiques du SEO rédigée par Stéphane Bortzmeyer cet été, qui s’est fait violemment prendre à partie par les professionnels de la profession, j’ai souhaité effectuer une petite démonstration pour en avoir le coeur net.
La technique de base du SEO est très simple : trouver une combinaison de mots-clés qui soit à la fois en rapport avec la page à référencer, et rare (voire inexistante) dans le reste du web. Puisque Google donne lui-même dans ses résultats le nombre de pages contenant les mots-clés demandés ou des variations de ceux-ci, évaluer leur fréquence est extrêmement facile. L’utilisation de plusieurs mots-clés dans une recherche privilégie très fortement les pages qui les contiennent tous. Plus les mots clés utilisés sont rares, plus on peut limiter leur nombre. Un voire deux mots-clés très rares peuvent suffire à placer une page en première position sur Google.
C’est Google qui choisit lui-même les mots-clés pour indexer une page. Comment procède-t-il ?
- d’abord, il utilise naturellement le texte de la page indexée.
- ensuite, il complète par les mots trouvés dans le nom de domaine (la partie qui suit http://, jusqu’au / suivant)
- enfin, il ajoute les mots trouvés à droite du nom de domaine, qui donnent l’adresse de la page au sein du site.
Le poids de ces différents éléments est variable, non dévoilé par Google (cela fait partie de leur sauce secrète). On peut supposer que le nom de domaine a un poids élevé, suivi par l’URL [MàJ : en fait pas tant que ça, cf les rectifications en commentaires] et le titre, les mots du contenu ayant un poids moindre, mais il existe des ajustements pour éviter que le système soit trop facilement exploitable par des spammeurs.
N’importe quelle personne rédigeant un blog apprend vite ces notions simples. Inutile d’être un « expert en SEO ».
Un court exemple valant mieux qu’un long discours, j’ai choisi quelques mots-clés pour voir si cela fonctionne. D’abord, des mots-clés liés au référencement : référencement, SEO, optimisation, arnaque, Google, moteur, recherche, web. Parmi ces mots-clés, à ce jour le plus fréquent est web (2,5 milliards d’occurrences !), le moins fréquent est moteur (66 600 occurrences seulement). Le second moins fréquent est arnaque.
Puis j’ai choisi les trois mots-clés les moins fréquents dans la liste qui précède : arnaque, optimisation, moteur pour les placer en titre de cet article. Il a fallu compléter pour que cela constitue une phrase, j’en ai profité pour utiliser d’autres mots-clés cités. Opportunément, le logiciel WordPress qui propulse ce blog utilise le texte du titre pour constituer l’URL. Rien de plus à faire de mon côté, donc.
Ensuite, j’ai choisi au hasard 3 mots dans le dictionnaire : eupatoire, contraction et dyspepsique. Ces mots sont tellement rares (notamment eupatoire) que cette page doit probablement être la seule du web (pour l’instant) à les contenir tous les trois…
Enfin, pour compléter cet essai, j’ai inventé un mot en tapant au hasard : xkvqoiikjbzrjwqdcqsd.
Vous pouvez vérifier par vous-même le classement de la page en effectuant des recherches sur des combinaisons des mots clés qui précèdent.
Tout cela, écriture de ce texte comprise, m’a pris environ 20 minutes. Évidemment, il s’agit d’un exemple simplifié, destiné à mettre en évidence les mécanismes principaux en oeuvre.
On comprend bien qu’un expert en SEO ne peut décemment pas avouer à ses clients qu’il leur facture plusieurs centaines, voire milliers d’euros, pour un travail aussi simple. Il va donc délayer la sauce avec des techniques qui, au mieux, s’apparentent plus à l’imposition des mains ou au placebo (très bien caricaturées ici), ésotériques à souhait, et au pire relèvent du spam pur et simple contre lequel Google lutte pour préserver la qualité de ses résultats. Le but est de bien montrer que le spécialiste, c’est lui, et que ses services valent le prix élevé auquel il vous les facture.
Et l’intérêt de la page, dans tout ça ? Eh bien, personne ou presque n’en parle, à part les vendeurs honnêtes de SEO, bien que cela soit le plus important au final. Cette technique étant applicable aveuglément pour être relativement bien référencé, personne ne se soucie de la qualité du contenu. Le SEO finit par devenir une fin en soi, proposée par de mauvais professionnels à de mauvais clients…
Une fois la page référencée par Google, j’ajouterai ici les mots-clés qui permettent de la faire apparaître en bonne position dans une recherche. Évidemment, ces résultats seront susceptibles de varier au fil du temps ; encore une bonne raison pour les experts en SEO de facturer leurs services de manière récurrente…
Mise à jour : voir aussi mon article complémentaire, SEO : référencement et liens entrants.